A Berlin, en Allemagne, et à Paris et Lyon, des agriculteurs manifestent en colère.

Les agriculteurs bloquent Lyon
Les agriculteurs bloquent Lyon © Maxppp / Le Progrès / Richard Mouillaud

A Berlin, des milliers de tracteurs ont convergé hier vers la porte de Brandebourg pour exprimer le ras-le-bol des agriculteurs face aux réglementations décidées d’en haut par des citadins qui ne connaissent pas, selon eux, leur métier. Notamment l’interdiction du glyphosate fin 2023 – contre 2021 en France. 

En France, mille tracteurs s’approchent de Paris, pour exprimer là-aussi leur ras-le-bol de ce qu'ils ressentent comme de l'agribashing

Il se passe quelque chose d’inouï : les agriculteurs ont longtemps été les chouchous des Français, ils se sent aujourd’hui détestés et rejetés. On les admirait. On les plaignait pour leurs conditions de travail et leurs revenus. On les critique aujourd’hui pour les pesticides, l’élevage industriel et la mise en cause de la vie animale. 

Eh bien, ce procès est en partie injuste, ils ne méritent pas cette opprobre permanente et encore moins les violences ou le mépris dont ils sont victimes. Quand un agriculteur du Cantal est condamné à 8 000 euros d’amende parce que ses voisins trouvent que son élevage sent mauvais, on comprend que le monde agricole voit rouge. 

Pendant 50 ans, la société française lui a demandé de baisser ses prix, d’améliorer la qualité de ses produits, et pour cela il a diminué ses coûts grâce à une agriculture intensive, mécanisée et subventionnée. Le budget alimentaire de tous les ménages français a plongé, permettant entre autres de financer d’autres besoins (logement et surtout loisirs). Aucun Français n'a protesté. On découvre aujourd'hui que cela épuise les sols, dégrade la biodiversité et que les pesticides posent un certain nombre de problèmes sanitaires dans le sols et les eaux, pour la biodiversité. Mais la responsabilité ne peut décemment porter, sans une hypocrisie totale, sur les seules épaules des agriculteurs. 

C’est trop facile ? 

Absolument. S'ils portent une part de responsabilité et de culpabilité, ils sont d'abord eux aussi des victimes.  Des conversions se sont faites, et plutôt vite d’ailleurs : l’agriculture biologique occupe déjà 10% des terres cultivées, les professionnels essaient de remonter la pente économiquement, avec un prix du lait et du porc qui progresse, par exemple. La suppression du glyphosate en un délai très court, d’ici 2021, est un chantier considérable, la profession n’a pas besoin en plus d’une déconsidération générale. 

Tout cela me rappelle un souvenir. Il y a vingt ans, quelques membres très parisiens et bien vus de l’élite économique, totalement irresponsables, rêvaient  d'une France sans usines. On y est presque arrivés, la désindustrialisation nous a coûté cher, il n'y a presque plus d'ouvriers. Attention à ne pas rêver et préparer une France sans agriculteurs.

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