L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». Ces derniers jours auront marqué un tournant dans la crise économique et financière qui a démarré à l’été 2007, notamment pour la France. Il faudra se souvenir, parce que les livres d’histoire le retiendront peut-être, du vendredi 24 octobre 2008. C’est le jour où les Français auront compris que la crise économique nous touchera nous aussi. Jusqu’à maintenant, la crise financière était une réalité pas vraiment visible sauf sur les cours de bourse et à travers les faillites d’établissements bancaires à New York ou en Europe. Vendredi, le choc a atteint non pas des PME mais des grandes entreprises tricolores. C’est ce jour-là que Renault a annoncé la fermeture de toutes ses usines pendant une à deux semaines dans les mois à venir. C’est vendredi que PSA a indiqué une réduction de 30% de sa production. C’est vendredi, enfin, qu’Air France a lancé un avertissement, un profit warning, sur ses résultats et que l’Insee a confirmé la panne de la construction. Un vrai vendredi noir. Vendredi, la bourse a elle aussi connu une journée exceptionnelle. Le CAC 40 a perdu jusqu’à plus de 10% à un moment, c’est énorme, pour finir finalement en repli de 3,5%. Alors, quand on voit ces chiffres, ces mouvements de yo-yo, on se dit que c’est lié, justement, aux perspectives des entreprises, à la crainte de la récession. Sans doute, mais pas seulement. Une des caractéristiques actuelles est que les mouvements un peu fous des bourses – l’action du groupe Thomson vaut un euro symbolique par exemple ! – viennent du fait que les milliers de fonds spéculatifs qui existent dans le monde sont en train de vendre tous leurs actifs parce que les investisseurs qui les leur avaient confiés les réclament. Tout le monde veut se désendetter. Et voilà pourquoi la Bourse est devenue aberrante. Ça, c’est le diagnostic. Pour les conclusions, la première est qu’il est désormais clair que nous affrontons la plus grave crise économique de l’après-guerre. Et pour en avoir douté, c’est plus sérieux qu’en 1975, où le choc était pétrolier, et plus sérieux qu’en 1993 où des politiques non coordonnées entre la France et l’Allemagne avaient aggravé un ralentissement de la conjoncture. Deuxième conclusion, il semble bien, hélas, que le crédit, malgré tout ce qu’ont fait les Etats, va rester rare tant que la visibilité ne reviendra pas. Conséquence : le redémarrage va être long, le temps que les excès de dette se résorbent dans le monde. Troisième conclusion : les Etats ne font pas les mêmes erreurs qu’hier et c’est tant mieux. Dans les années 1930, ils s’étaient trompés de réaction et il n’y avait pas les systèmes de protection sociale qui amortissent le choc. Dans les années 1990, au Japon, le gouvernement avait traîné, la grande crise avait duré dix ans. Cette fois, la réaction, partout, est rapide et on l’espère la bonne. Mais comme c’est une crise inédite, il y a beaucoup de tâtonnements. En France, il n'y en a pas plus, mais pas moins qu’ailleurs. En tous cas, la souplesse est plutôt bon signe. Henri Guaino, le conseiller de Nicolas Sarkozy, le dit ce matin dans « Les Echos » : si la situation s’aggrave, nous prendrons d’autres mesures de relance. C’est pour cette raison qu’il faut, pour comprendre, le 24 octobre 2008, aller chercher de l’inspiration ailleurs que le 24 octobre 1929, début de la Grande crise et oublier la coincidence des dates.

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.