Par Jean-Marc Vittori

A la veille d'une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites, où en est le mouvement ?

Difficile à dire, car nous sommes en plein virage, après le vote de la loi au Sénat, et avant une nouvelle journée de grève. Au-delà, une nouvelle phase s'amorce. Il y a quinze jours, souvenez-vous, le mouvement avait changé de nature avec le blocage des raffineries et l'entrée en scène des jeunes. Un autre changement se produit en ce moment. Beaucoup de Français ont finalement réussir à partir en vacances. Le gouvernement, Jean-Louis Borloo en particulier, s'est beaucoup agité pour approvisionner les pompes à essence. Le travail reprend dans certaines raffineries et les étudiants ont du mal à amplifier la mobilisation dans les universités - ils étaient à peine un millier hier devant le palais du Luxembourg, selon Libération et selon Le Figaro . La grande question maintenant, c'est de savoir ce qui se passera à la rentrée, dans les lycées. Tout est possible. Ca peut faire pschitt, comme dirait Jacques Chirac. Ca peut aussi faire boom, même si cela ne paraît pas aujourd'hui le plus probable.

Est-ce qu'on entrevoit la fin du mouvement ?

On ne voit pas la sortie, mais l'issue de secours. Et c'est François Chérèque, qui a ouvert la voie avant-hier soir en proposant une grande négociation sur l'emploi des seniors et des jeunes. Le leader de la CFDT a ainsi mis le doigt sur l'angoisse qui tenaille les grévistes les plus virulents. Car le point commun aux employés des ports en pleine réforme, aux cheminots de la SNCF qui sentent le souffle de la concurrence, aux ouvriers des raffineries et aux jeunes, c'est la crainte de l'avenir. Une crainte qui risque d'être renforcée par les chiffres publiés hier par le ministère du Travail, confirmant la remontée du chômage. Et un institut de conjoncture qui avait été plutôt optimiste ces derniers temps, l'OFCE, prévoit de nouvelles destructions d'emploi à partir du printemps 2011. Un vrai dialogue sur l'emploi pourrait donc constituer un moyen de sortir du blocage actuel. Ce n'est pas flambant, mais c'est déjà ça.

L'emploi des seniors, avec le recul de la retraite, ne se fait-il pas au détriment de l'emploi des jeunes?

Ca, c'est une question essentielle. J'ai beaucoup aimé une banderole, dans un défilé, qui disait: « Mamie m'a dit : à ton âge je travaillais déjà. Je lui ai répondu : à ton âge, je travaillerai encore. » Et l'un des slogans qui a mobilisé la jeunesse avait été lancé par Bernard Thibault, de la CGT : la réforme coûtera un million d'emplois aux jeunes. Ce n'est pas vrai. Le travail n'est pas une masse donnée d'heures que l'on répartit entre jeunes et vieux, entre actifs et chômeurs. Pour s'en rendre compte, il suffit de regarder ce qui se passe ailleurs. Dans les pays développés, il y a deux groupes. Les uns emploient à la fois beaucoup les seniors et les juniors, comme le Japon, le Danemark, les Etats-Unis ou l'Allemagne. Les autres excluent de l'emploi à la fois ceux qui ont 20 ans et ceux qui en ont 60: l'Italie, la Grèce, la Pologne et la France. Le vrai problème, c'est la capacité des entreprises et de l'économie à mobiliser le travail. Une grande négociation sociale ne suffira pas à épuiser ce débat essentiel.

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