Par Jean-Marc Vittori.

Question évidente ce matin : que penser de l'accord signé tout à l'heure par les dirigeants européens sur le sauvetage de la zone euro ?

D'abord, c'est un vrai accord qui change le paysage, du moins à court terme. Ils y sont arrivés et c'est une bonne nouvelle. Par les temps qui courent, ça mérite d'être salué. Mais le temps des questions revient ensuite très, très vite sur les trois points de l'accord : la Grèce, les banques et le pare-feu anti-contagion financière.

Procédons donc par ordre et commençons par la Grèce.

La dette publique d'Athènes sera ratiboisée de 100 milliards d'euros. Nos amis anglais parlent de haircut, de coupe de cheveux : a priori, pas besoin de repasser chez le coiffeur avant un bon bout de temps. Et pourtant, ça pose au moins deux questions. D'abord, malgré tout, est-ce que ça suffira ? Le but est de ramener la dette à 120% du PIB là où elle aurait grimpé jusqu'à 180%. C'est évidemment bien mieux. Les Grecs pourront respirer alors qu'ils étouffent. Mais 120% du PIB, ça fait encore beaucoup. C'est par exemple le niveau d'endettement de l'Italie, qui inquiète sérieusement les investisseurs. Ensuite, les créanciers du pays accepteront-ils de perdre la moitié de leur mise, comme prévu dans l'accord ? Les représentants des banques ont accepté la proposition en faisant la grimace, c'est ce qui a le plus coincé cette nuit. Et ça ne suffit pas. Chacune des centaines d'institutions financières devra dire dans les semaines qui viennent si elle accepte la coupe de cheveux. Et pour que ça marche, il faut qu'une majorité écrasante de créanciers disent oui. On est très, très loin de la certitude.

Continuons avec les banques.

La, c'est plus simple. Les banques européennes vont devoir renforcer leur capital de plus de 100 milliards d'euros et c'est logique, car il faut notamment qu'elles compensent ce qu'elles vont perdre en Grèce. En France, la note s'élève à 9 milliards, les banques pourront se débrouiller toutes seules sans les contribuables. Mais évidemment, cette exigence ne va pas inciter les banquiers à prêter de l'argent sans compter : le crédit va être soupesé.

Et enfin le pare-feu.

Oui, les gouvernants européens se sont mis d'accord sur un chiffre : 1.000 milliards d'euros, en particulier pour soutenir les Etats et les banques qui connaîtraient des difficultés passagères à trouver de l'argent sur les marchés financiers. Pour arriver à ce chiffre qui ne figure pas dans l'accord, on a joué sur tous les leviers. Une partie de l'argent servira à faire de l'assurance pour donner des garanties aux investisseurs, une autre partie viendra du reste du monde – le patron du Fonds européen, Klaus Regling, part d'ailleurs demain à Pékin. C'est tout un symbole : pour se sauver, l'Europe est obligée d'aller trouver de l'argent ailleurs. « A votre bon cœur messieurs-dames ». Pas sûr que ça marche.

Au final, que faut-il retenir ?

Un accord important, mais tout se jouera dans la mise en œuvre. C'est un point de départ et non d'arrivée.

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