Ces dernières semaines, l’euro est reparti franchement à la hausse, et une question se pose : va-t-on vers une guerre monétaire ?

Peut-être ! Et si ce n’est pas une bataille rangée qui se prépare, on assiste au minimum à un vrai désordre entre les quatre grandes monnaies que sont le dollar, l’euro, le yen japonais et le yuan chinois. Quels sont les faits ? Depuis un peu plus de deux semaines, l’euro a grimpé de quasiment dix centimes face au dollar, il valait vendredi soir 1,35 dollar à New York. Par ailleurs, il y a dix jours, la Banque du Japon a stoppé l’ascension du yen. Et, troisième point, des propos aigre-doux sont échangés entre Washington et Pékin sur le niveau du yuan, à tel point que le Congrès américain va examiner cette semaine un texte « anti-dumping » pour taxer les produits chinois qui inondent à bas prix tous les pays.

Que voit-on si on remet de l’ordre dans tout ce que l’on observe ?

Que chacun gère ses propres intérêts ! Le glissement du dollar s’explique par des déclarations de la Réserve fédérale américaine prête à faire tourner à nouveau la planche à billets pour soutenir l’économie (c’est ce qu’on appelle le quantitative easing en bon français). La baisse du dollar en est une conséquence, parce que les marchés craignent l’inflation comme la peste – donc achètent de l’euro. Mais les Européens, eux, aiment l’euro comme il était ces derniers mois, modéré, pas fort - c’est ce qui a soutenu la croissance avant l’été. Quand il est trop haut, les exportations sont plus difficiles. Christine Lagarde, ministre de l’économie, a tiré la sonnette d’alarme dès hier. Pour compléter le tableau, les Chinois avaient promis en juin de réévaluer leur monnaie (sous-évaluée d’au moins 25%) mais ils n’ont rien fait du tout. Voilà le tableau que l’on a sous les yeux.

Et que voit-on si on regarde derrière le tableau ?

C’est plus intéressant parce que se dévoilent les contradictions de la situation actuelle et des discours officiels qui, du coup, n’invitent pas à l’optimisme le plus béat. Première contradiction : on voit le grand écart entre, d’un côté, le laissez-faire occidental en matière monétaire, celui des Etats-Unis et (surtout) des Européens, et de l’autre côté le contrôle total de la monnaie par le pouvoir politique dans les pays émergents. Ce grand écart est non tenable avec une Chine devenue la deuxième puissance mondiale. La deuxième contradiction est que le discours des gouvernements européens et américain n’est pas le même que celui de leurs grandes entreprises. C’est un point clé. Washington, Paris, Berlin (un peu moins) demandent à Pékin un yuan plus fort, mais à Pékin, Apple, le norvégien Nokia, le français Schneider Electric, qui fabriquent en Chine et exportent de là-bas vers ici, ont tout intérêt à ce que le yuan reste bas.

Qui les Chinois doivent-ils écouter ?

Dernière contradiction, l’innovation récente la plus remarquable est le G20. Mais ces affaires monétaires ne vont se régler dans une enceinte aussi large. Un G4 (Etats-Unis, Europe, Japon et Chine)serait plus approprié. Est-ce possible politiquement (vis-à-vis du Brésil et de la Russie)? Non. Il y a 25 ans, le 22 septembre 1985, les grands pays concluaient un accord dit du Plaza à New York) pour faire évoluer les monnaies en fonction de l’intérêt collectif. On en est loin.

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