Le basculement à gauche du Sénat peut-il avoir des conséquences économiques ?

Spontanément, on a envie de dire « non ». Mais comme je ne veux pas vous laisser avec un blanc de trois minutes, je réponds « oui » ! Plus sérieusement, il n’y a pas de conséquence qui saute aux yeux sur la croissance ou la crise de la dette. Cela dit, si on regarde mieux, c’est plus compliqué. Il est clair que la règle d’or, déjà moribonde, est enterrée. Il est clair que la gauche va se servir du Sénat comme d’une belle tribune pour refuser le budget 2012, et sans doute pour présenter un contre-budget. Un exemple : Valérie Pécresse, la ministre des Comptes publics, est d’accord pour que la taxe sur les hauts revenus concerne ceux supérieurs à 250.000 euros. La gauche voudra placer la barre plus bas – on verra où précisément. Au-delà, jusqu’où tout cela ira-t-il ? Pas très loin en fait puisque les députés ont le dernier mot, comme ils l’avaient quand Pierre Bérégovoy, Lionel Jospin ou Michel Rocard gouvernaient avec un Sénat de droite. Donc, au total, la gauche au Sénat, ce sont, d’ici 2012, des éléments de langage, mais pas de blocage.

Et puis, il y a des effets moins visibles...

Oui, de plusieurs sortes. D’abord, il y a une hypothèse qu’il ne faut pas écarter. Si un énième plan pour la Grèce était nécessaire, la gauche aura du mal à le refuser en bloc. Ensuite, voter contre le budget 2012, c’est voter contre la trajectoire de baisse des déficits publics. Attention au message ! Et puis, il y a la question qui n’est pas si anecdotique que cela des commissions des finances. Si la gauche prend la présidence de celle du Sénat après celle de l’Assemblée donnée par Nicolas Sarkozy aux socialistes, ce sera un gros contre-pouvoir. Ce qui est le rôle du Parlement. Mais cela ne sera pas très fair play ! Faut-il renvoyer l’ascenseur ? C’est une question posée par... Jean-Pierre Chevènement, qui répond par l’affirmative. Pour le PS, Nicole Bricq est candidate, mais le centriste Jean Arthuis espère garder son siège.

Et il y a encore une autre conséquence de ce basculement du Sénat...

Peu vue, et qui concerne ce qu’on appellera les institutions du contrôle économique. Face au gouvernement, la gauche contrôlera donc une ou deux commissions des finances. Mais souvenons-nous que le chef de l’Etat a nommé à la tête de la Cour des comptes un ex-député socialiste, Didier Migaud, passé directement des bancs de l’Assemblée à la rue Cambon. Et un ex-ministre très proche de François Hollande à l’Autorité des Marchés financiers, l’AMF – Jean-Pierre Jouyet, assis ici même vendredi. Les deux personnalités, de grande qualité, ne sont pas en cause. Mais les faits sont là : s’il ne s’agit pas d’un contre-pouvoir économique, cette géographie politique est inédite. C’est le signe d’une démocratie apaisée, mais la gauche ne pourra pas dire, avant la présidentielle, que le pouvoir a été confisqué par un seul camp.

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