Le choix de politique économique offert à François Hollande.

Chacun le remarque : ce jeudi, nous sommes dans un entre-deux. Entre d’un côté l’annonce hier que le nombre de chômeurs a franchi la barre des trois millions ; et d’un autre côté, la présentation officielle demain du projet de budget pour 2013, largement connu, et qui ramène au forceps le déficit à 3% du PIB. Mais ce n’est pas le seul entre-deux : nous sommes aussi dans un entre-deux de politique économique, entre des décisions plutôt faciles déjà prises et d’autres à venir bien plus difficiles. Oui, le président va devoir faire des choix.

Il n’en fait pas dans le budget 2013 ?

Si ! François Hollande, avec le budget 2013, donne tort à tous ceux qui assuraient que la gauche laisserait filer les comptes et que les marchés se rueraient sur la France comme la misère sur le pauvre monde. Il a jeté un gros paquet de hausses d’impôt sur les plus aisés pour barrer la route des spéculateurs. Contre le chômage, il a aussi lancé ses contrats d’avenir et de génération. Mais c’était, au fond, le plus facile.

Et donc, la question, c’est : à partir de là, que faire ?

Exactement. Il y a deux solutions. Le gouvernement peut attendre que la croissance revienne, prier et guetter du haut de l’Elysée les vents qui souffleraient des Etats-Unis, de Chine, ou de Berlin. Des vents qui gonfleraient les recettes fiscales et feraient reculer tout seul les déficits et le chômage. Il peut aussi rêver d’abandonner la contrainte des 3% sur les déficits. C’est la première solution : guetter et espérer.

Et il ne verra rien venir ?

A peine une brise. Car c’est tout l’Occident qui a du mal à sa croissance depuis 2007. On n’est pas prêt de revoir des croissances à 3 ou 4% venues du Ciel. Bref, cela veut dire que faire le dos rond est cette fois impossible. C’est ce que l’on fait depuis trente ans, en réformant au millimètre - au centimètre dans le meilleur des cas. Concrètement, par exemple, le bouton fiscal étant enfoncé à fond, il ne pourra l’être davantage.

Et donc, la seconde solution ?

Ce serait pour François Hollande de surprendre, de bousculer, y compris son propre camp. D’utiliser comme levier les efforts importants demandés aux plus aisés pour dire aux Français : « voilà ce que je leur demande, mais il faut revoir un certain nombre de choses qui ne marchent pas » - fin de (fausse) citation. Cela veut dire regarder les dépenses publiques, l’empilement territorial et administratif. Autre exemple : on arrose le sable de l’immobilier avec des aides fiscales tout en durcissant sans cesse règles et procédures. Allégeons des deux côtés à la fois ! Sur l’emploi aussi, on peut réformer sans attendre la croissance – coût du travail, sécurité et souplesse.

Quelle voie va choisir le Président ?

L’audace le tente manifestement plus pour le secteur privé que pour le secteur public. Ce serait une erreur. Comme Thomas Legrand, je vais citer Anatole France : « La République a un inconvénient, elle gouverne mal ; elle a un avantage : elle gouverne peu ». Eh bien, il faut gouverner bien et beaucoup.

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