Alstom et la branche ferroviaire de Siemens ont donc confirmé hier soir leur rapprochement.

Et le TGV devient allemand. Résultat de discussions ouvertes avant la présidentielle, Siemens aura la majorité du capital du groupe Siemens-Alstom (dans ce sens-là) et six administrateurs sur onze. En échange, quelles garanties pour protéger la partie française ? Un PDG français, un siège mondial à Paris, les emplois protégés pendant 4 ans. Ce n’est pas rien. Il est vrai que l’intérêt industriel du tandem est réel, et pas seulement parce que c’est du franco-allemand. Naît un géant mondial du ferroviaire et de la signalisation, avec des trains, des métros, de la grande vitesse. Cela fait de années que les acteurs se reniflaient, des mariages Alstom-Bombardier (le canadien) et Siemens-Bombardier ont été étudiés. Siemens-Alstom sera de taille face face aux Chinois qui gagnent des contrats en Bulgarie, à Boston et même une LGV entre Dallas et Los Angeles. Enfin, combien de temps Alstom aurait-il résisté seul sur un marché mondial où les seules commandes publiques françaises ne permettent pas de vivre ? On ne le saura jamais.

Ce qui cloche, c’est le contrôle du capital.

Chacun a en tête la fusion Lafarge-Holcim, le rachat de l’énergie d’Alstom par General Electric, et d’Alcatel par Nokia : les engagements ne sont pas toujours tenus. D’où l’envie de dire stop. Bien sûr, c’est être myope parce qu’on oublie que le français Sanofi est le fruit de l’allemand Bayer, que PSA vient de reprendre Opel et que SEB a racheté un gros concurrent allemand. Mais ce qui cloche, c’est qu’il ne s’agit pas d’un Airbus ferroviaire. Quand EADS, devenu Airbus, a été créé, il y avait une parité entre actionnaires français et allemand. Et quand Lagardère et Daimler sont partis, les États français et allemand ont gardé chacun 11 % du capital. Là, Siemens, avec la majorité du capital, aura les commandes. Y avait-il une autre solution ? L’État pouvait s’installer sur un strapontin (pas une nationalisation bien sûr) qui lui aurait permis de voir comment les choses évoluaient. Techniquement, il y avait une fenêtre quelques semaines encore. L’Elysée a-t-il au moins réfléchi à cette piste ? Apparemment non, et c’est dommage. Au total, toutefois on ne dira jamais assez combien les échecs de l’industrie française sont le résultat sans doute d’erreurs stratégiques mais aussi d’un capitalisme dramatiquement sans capitaux.

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