Le gouvernement l'a confirmé hier : il va augmenter le temps de travail des fonctionnaires locaux.

Soyons précis : il souhaite que les fonctionnaires territoriaux travaillent … 35 heures par semaine, c’est-à-dire plus qu’aujourd’hui pour un certain nombre d’entre eux si l’on en croit une foultitude de rapports. Concrètement, une loi à venir contraindra les collectivités à renégocier les accords plus avantageux conclus avant 2001. 

Cette information transmise par l’AFP hier en fin d’après-midi tombe à pic pour un gouvernement dont le budget 2019 a été critiqué pour son côté « rabot ». Réponse dudit gouvernement : je ne rabote pas, je réforme. Heureuse coïncidence (ou pas), Laurent Wauquiez sera ce soir face à Edouard Philippe dans l’émission de Léa Salamé sur France 2, et la droite qui réclame des économies aura du mal à dire non à ce type de mesure. Voilà un petit piège joliment tendu, surtout si est rappelée la durée du travail au Puy en Velay quand le président de LR était maire de cette maire  !  

Autre heureuse coïncidence, toutes les associations d’élus ont lancé un appel solennel hier à Marseille pour défendre leur autonomie contre l’État. Réponse de l’État avec cette fuite, que je traduis librement  : vous êtes bien gentil, mais commencez par être rigoureux vous-mêmes. On peut supposer que l’opinion suivra le gouvernement sur ce sujet. 

Alors, quelle est la réalité des choses ? En 2016, la Cour des comptes a estimé à 1.562 heures au lieu de 1.607 heures la durée annuelle théorique du travail. L’écart (3%) est a priori faible mais seulement 20 % des communes, départements et régions appliqueraient les 35 heures sont à la norme légale. Et on ne sait pas comment est appliqué cet horaire théorique. Pour mémoire, en Allemagne, les fonctionnaires sont à plus de 40 heures.

Comment peuvent réagir les collectivités ?

En réalité, une sur quatre a déjà commencé, ces dernières années, à négocier une révision des accords sociaux pour revenir à 35 heures et elles sont assez favorables à ce que l'Etat les aide, par la loi, à avancer. Le gouvernement estime que cela permettra d’économiser 32.000 postes. Bon, tout cela sera compliqué parce que certaines contraintes (comme le travail de nuit) peuvent expliquer un temps de travail allégé. Mais il paraît que les congés pour mariage, par exemple, varient de trois jours jusqu'à une dizaine, selon le gouvernement. Beaucoup d’élus ont donc déjà avancé, à Caen, Morlaix, Châlons et ailleurs. A Paris, Anne Hidalgo elle-même a corrigé l'an dernier quelques aberrations, mais tout en laissant à ses agents le bénéfice de leurs quatre jours de repose annuels pour ... neige ! Posons gravement une question : que vont-ils devenir avec le réchauffement ? 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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