**L'idée de taxer les échanges sur les marchés financiers est à nouveau dans l'air. Mais cette fois-ci, elle vient de Londres... Oui, nous vivons une fantastique accélération de l'histoire. Si vous m'aviez dit il y a un an que Wall Street allait exploser, que la Bourse de Moscou allait applaudir la nationalisation des Bourses américaines, que les constructeurs automobiles allaient devoir leur survie à l'Etat ou que l'ancien président de la banque centrale des Etats-Unis Alan Greenspan reconnaîtrait qu'il s'était trompé, je dois avouer avouer, mon cher Eric, que je vous aurais conseillé d'arrêter le pastis au petit-déjeuner. Eh bien hier, il s'est passé un événement aussi imprévisible. Le gendarme de la City de Londres, Adair Turner, qui préside la puissante Autorité des marchés financiers, a expliqué qu'il fallait réduire la place de la finance dans l'économie et pour ce faire taxer les transactions financières. C'est un peu comme si Nicolas Sarkozy nous expliquait qu'il fallait diminuer l'influence de la politique et limiter le temps d'antenne des ministres. Je n'ai jamais eu l'impression d'une tel chamboulement des esprits, sauf en 1989, quand le Mur est tombé à Berlin. Il se passe aujourd'hui en économie ce qui s'est passé il y a vingt ans dans la géopolitique: une révolution. Cette taxation de la finance pourrait-elle voir le jour? Il y a un mois, je vous aurais dit que c'est totalement illusoire. Pour créer une telle taxe, c'est comme pour les bonus ou les paradis fiscaux: il faut un accord international, a priori très difficile à trouver. Mais aujourd'hui, je ne jurerais de rien. Vous savez, cette idée est née il y a près de 40 ans dans la tête de James Tobin, un économiste américain, prix Nobel, qui voulait trouver un moyen de réduire les variations des taux de change des devises. En taxant les échanges de monnaie, on rendrait la spéculation plus coûteuse et donc plus rare. Dans les milieux financiers, la taxe Tobin a toujours été considérée comme une plaisanterie. C'est devenu une revendication des altermondialistes – elle est même à l'origine de du mouvement français Attac. Et puis son principe a été voté en France, sous le gouvernement Jospin. Maintenant, l'idée a traversé la Manche, qui est pourtant très profonde à l'endroit où passent les concepts économiques. Nul ne sait où elle va s'arrêter. Pourquoi les Anglais la proposent-ils aujourd'hui? Alors attention: il ne s'agit pas des Anglais, mais d'un Anglais. Le Trésor britannique a d'ailleurs fait savoir hier que les impôts, c'était son domaine et qu'il n'avait aucun projet en la matière. Adair Turner, lui, aime les chemins de traverse. De tempérament conservateur, il avait choisi de militer non chez les Tories mais dans le petit SDP. Il a été banquier, consultant dans le très orthodoxe cabinet de conseil McKinsey, directeur général du CBI qui est une version anglaise du Medef. Et puis l'Autorité qu'il préside a été mis en cause dans la tempête financière des deux dernières années. Il a donc besoin de retrouver un peu d'air, quitte à penser out of the box, en dehors de la boite. C'est donc une voix isolée. Mais tout de même un sacré symbole de la révolution intellectuelle en cours. Merci Jean-Marc. Au début du mois, vous aviez pris l'engagement de ne pas prononcer une seule fois à l'antenne le mot « crise ». Vous l'avez tenu et vous raconterez lundi dans "Les Echos" comment vous avez fait... Lundi, c'est votre confrère Dominique Seux qui reprendra l'édito éco.**

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