Retour bien sûr sur la réforme des retraites annoncée hier. Et vous nous dites : les Français vont pousser, nous allons tous pousser, un « ouf » de soulagement, mais nous avons tort, ce serait du lâche soulagement.

Sur l’habileté politique, François Hollande confirme son talent. La réforme a été finalisée plus tôt que prévu, fin août, le même jour qu’une actualité forte sur la Syrie. Le gouvernement a aussi caressé ces derniers jours les syndicats et le patronat dans le sens du poil en espérant une forme de petit consensus. Quant aux Français eux-mêmes, ils retiendront qu’à court terme, ils s’en tirent bien : il n’y a pas de changement pour ceux qui pensent déjà à la retraite, ceux nés avant 1958 ; et les hausses de cotisation sur les salaires paraissent bien douces : 0,15 point l’an prochain. Voilà pour l’apparence.

Mais vous avez plusieurs remarques…

La première est que Jean-Luc Mélenchon a raison de souligner que la quasi-totalité des réformes passées est confirmée, notamment l’âge de départ à 62 ans. C’est amusant rétrospectivement. Si on regarde les chiffres, la réforme Sarkozy, c’était 30 milliards d’euros, là c’est moins de 8 milliards en 2020, le gros du boulot avait été fait. Il est acté.

On continue votre exercice d’analyse…

La deuxième remarque est qu’il n’y a aucune mesure structurelle d’économie avant 2020, il n’y a que des prélèvements en plus ! Ce qui est curieux quand on sait que deux ministres ont dit « ça suffit ». En revanche, les mesures pour les jeunes, la pénibilité, les femmes coûteront assez vite et les entreprises seront vite mises à contribution. Dans la situation des PME que tout le monde connaît, c’est étonnant pour ne pas dire plus. Le patronat est furieux, il a l’impression d’avoir été berné quand il était sorti lundi rassuré de Matignon ; un peu comme en 1997, il avait eu l’impression d’être trahi par Martine Aubry sur les 35 heures !

La troisième remarque porte sur un point moins vu.

Oui. On voit comment est comblé le déficit du régime des salariés du secteur privé ; mais on découvre que l’Etat n’a rien prévu ou presque pour le régime des fonctionnaires ; il manquera encore presque 8 milliards ; eh bien, c’est le Budget, les contribuables, qui paieront.

Au total ?

Au total, le principe de la prise en compte de la pénibilité est une bonne chose, l’ouvrier des travaux publics cassé à 45 ans ou la caissière dont les muscles et le dos sont usés ne doivent pas avoir le même régime que l’employé d’une entreprise banale. Malgré le risque d’usine à gaz, c’est logique. Seulement, il aurait fallu que cela soit financé par la suppression au moins partielle des avantages dont bénéficient les régimes spéciaux des entreprises publiques. Le contrôleur SNCF, l’agent EDF, le policier, ont-ils tous des métiers plus pénibles que l’ouvrier du bâtiment ? Non ! C’est un manque de courage flagrant de ne pas décider de corriger cette injustice. Droite et gauche confondues. Enfin, maintenant financièrement, on a le sentiment que cette réforme a minima, la quatrième en dix ans, permet de tenir jusqu’en 2017. Mais parions que ceux de nos auditeurs qui ont moins de 45 ans, qui cotiseront plus dès maintenant, en connaîtront d’autres. Les jeunes sont les dindons de ce qui n’est pas une farce.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.