Vous commentez le discours très applaudi de Manuel Valls hier, devant les chefs d’entreprise du Medef.

Un grand discours dans le ton et sur le fond parce qu’il largue les amarres avec une certaine façon très française de parler des entreprises avec des pincettes. D’ailleurs, dans le débat public, on utilise généralement le mot patrons qui traîne un bon parfum d’exploitation des travailleurs. En réalité, le plus important n’est pas le « oui, j’aime l’entreprise » lancé par Manuel Valls, mais le fait qu’il ne se soit pas cru obligé de rajouter : j’aime les entreprises si elles, à condition qu’elles fassent ceci ou cela. Honnêtement, tout le monde pariait qu’au lendemain du clash avec la gauche du PS et de la nomination d’Emmanuel Macron, Le Premier ministre choisirait de ne plus faire de vagues devant le Medef. Eh bien, on a entendu le discours le plus ouvert vis-à-vis des entreprises, banal au pays de Blair et de Schroeder, mais inédit à gauche depuis Bérégovoy. S’il faut une image, disons que le tournant économique était entamé depuis janvier, mais que Valls a élagué tous les arbustes qui cachaient la route.

Vous retenez deux phrases de rupture.

Rupture avec une partie du parti socialiste d’abord. Qualifier de cadeau aux patrons toute mesure favorable aux entreprises est (je le cite) « absurde » parce qu’il n’y a pas d’emplois sans employeurs. Rupture ensuite avec les écologistes quand il dit explicitement que (je recite) la filière nucléaire est plus jamais une grande filière d’avenir au-delà de l’indispensable transition énergétique.

Quel était au fond l’objectif de ce discours ?

Le premier est de répondre à l’urgence de la situation économique et de regonfler le moral des entreprises. Hier soir, on a appris que le nombre de chômeurs a augmenté de 500.000 depuis mai 2012. Hier matin, l’Insee a publié quatre enquêtes de conjoncture dont je vous donne le titre : en août le climat des affaires dans l’industrie se dégrade ; il reste dégradé dans le bâtiment ; et s’il est stable dans les services, il se dégrade aussi dans le commerce. Il y a le feu au lac. L’autre objectif, c’est de mettre un coup d’arrêt aux critiques du patronat. En gros, Manuel Valls leur dit : je vous ai compris, mais en échange donnez-moi un peu de temps et arrêtez vos jérémiades.

Ça peut marcher ?

Le gouvernement est prêt à réformer – y compris le droit du travail. Ça passe ou ça casse. Avec une popularité lilliputienne, c’est gonflé. Avec une majorité politique fragile et aucun allié évident chez les syndicats, cela l’est encore plus. Mais il est peut-être temps de raisonner différemment de d’habitude. De se dire que si même des hommes et des femmes qui ont fait toute leur vie à gauche en arrivent à juger nécessaires certaines réformes, c’est qu’elles le sont vraiment ; sans qu’il soit nécessaire de les accuser de trahison.

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