Emmanuel Macron retire le chiffon rouge d'un âge-pivot à 64 ans pour préserver l'essentiel à ses yeux : la vraie remise à plat au nom de l'équité. Mais de nombreuses voix lui conseilleront de ne pas la faire.

Senior au travail
Senior au travail © Getty / eclipse_images

Virage tactique ou stratégique ? C’est la question à se poser 36 heures après le rejet par Emmanuel Macron d’un âge-pivot à 64 ans pour la future réforme des retraites. Une annonce qui a surpris, y compris ses proches, qui ne l’attendaient pas à la fin d’une interview sur le G7. C’est sans doute le privilège des chefs à plumes !

La question est donc : l’enterrement de la référence à 64 ans est-il un moyen de garantir que la transformation totale de notre système se passe bien en enlevant un chiffon rouge ? Ou doit-on s’attendre à ce que, dans quelques mois, la réforme de fond passe elle aussi à la trappe ? 

Premier élément de réponse : le virage tactique est certain. 

Emmanuel Macron revenait sur la réforme des retraites dans son interview à France 2 avec Anne-Sophie Lapix
Emmanuel Macron revenait sur la réforme des retraites dans son interview à France 2 avec Anne-Sophie Lapix © AFP / AFP PHOTO/ FRANCE 2

Quand Jean-Paul Delevoye a présenté son rapport en juillet, Macron a constaté que les médias, les opposants et l’opinion ne retenaient qu’une chose, 64 ans au lieu de 62, avec le soupçon d’un mensonge puisque le président avait promis de ne pas toucher aux 62 ans. Le ver était dans le fruit, la CFDT avait dit "niet", et le risque était de tout faire capoter y compris le passage à un système par points et la fin des régimes spéciaux au nom de l’équité. Les braises des Gilets Jaunes sont encore chaudes et la promesse de l'Acte 2 est d'écouter, de négocier et de concerter - qu'on se le dise. Un vrai reset.

Osons un parallèle, le gouvernement a voulu mettre en place en 2018 en même temps le 80 km/h sur les routes et la hausse de l’essence, il a dû reculer sur les deux. Pas question de refaire la même erreur. 

Sur le fond, augmenter le nombre de trimestres (le calendrier de la loi Touraine de 214 est d'arriver progressivement à 172 trimestres nécessaires en 2035, ce sera plus rapide) pour une retraite à taux plein est financièrement moins puissant mais c’est la méthode utilisée depuis 1993 (sauf par Sarkozy en 2010) et cela décale l’air de rien autant l’âge de départ. C’est ce qui sera donc fait. 

Mais cela prépare-t-il, donc, un repli stratégique ? 

Dans l’esprit élyséen, non. Au contraire même. Emmanuel Macron veut laisser dans l’histoire sociale la fusion des 42 régimes différents pour que ceux qui ont aujourd’hui 30 ans croient en leur future retraite – actuellement, ils pensent l’inverse. 

Mais la tâche est difficile parce que :

. comme toujours on entendra les perdants tandis que les gagnants ne lui diront pas merci. 

.Des voix, comme celle de Richard Ferrand (président de la Assemblée nationale), lui conseillaient aussi de tout reporter à un éventuel second quinquennat. 

.D’autres se demandent pourquoi s’embarquer dans cette galère. 

.D’autres encore, à Matignon, susurreront que l’important est d’équilibrer les comptes. 

.D’autres enfin, de dérogations en exonérations pour éviter des conflits catégoriels, l’inviteront à la prudence. 

Bref, Macron veut, et l’ambition est légitime, mais tiendra-t-il ? That is the question.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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