L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». __Retour de Bernard Tapie dans les affaires, un retour qui ne passe pas inaperçu. Souvenez-vous, on avait quitté Bernard Tapie il y a pratiquement un an, quand il avait gagné sa longue bataille, en juillet 2008, contre ses anciens banquiers. Un arbitrage qui avait suscité une controverse, lui avait donné raison et l’avait remis à flot financièrement. Et bien voilà, Bernard Tapie est de retour, avec ses qualités mais aussi avec ses défauts. C’est d’abord un retour médiatique : il a fait la Une du « Point » la semaine dernière, avec une grande interview de six pages. Et puis, c’est aussi donc un retour économique. Hier, à cause de ses déclarations, le cours de bourse du Club Méditerranée a fait un bond de plus de 6% alors que les autres valeurs du tourisme baissaient en raison des craintes liées à la grippe porcine. Quelles déclarations ? Tout le week-end et encore hier, Bernard Tapie a laissé planer un suspense sur sa volonté d’entrer dans le capital du Club. Il a dit que cela l’intéressait, puis a démenti, puis a dit regarder « onze ou douze autres dossiers ». Bref, son retour a fait, dès le premier jour, du bruit dans les milieux d’affaires. Un retour avec ses qualités et ses défauts. Commençons par les qualités. La première, c’est sa franchise, et puis il a du talent. La langue de bois n’est pas son genre. En politique, ça donne ceci dans « Le Point » : « Aubry est très intelligente et sympathique. Royal, c’est tout le contraire. Le plus fort, c’est DSK mais il n’a aucun intérêt à concourir pour 2012 », confie l’ancien proche de François Mitterrand. En économie, c’est à peine plus policé. Quand Bernard Tapie s’exprime sur le Club Méditerranée, il n’hésite pas à critiquer durement la gestion actuelle de son patron, Henri Giscard d’Estaing. A ses yeux, sa stratégie patine, le groupe manque de créativité, le contenu des services proposés aux clients n’est pas satisfaisant. Là où Bernard Tapie vise juste, c’est qu’effectivement, le Club traverse une passe qui n’est pas facile, à cause de la crise sans doute mais aussi parce que sa rentabilité est depuis des années extrêmement faible en dépit de sa montée en gamme. Le cours de bourse a baissé beaucoup plus que l’indice CAC 40. L’analyse économique n’est donc pas totalement fausse. Concernant les défauts, le principal est que Bernard Tapie n’a pas changé ! En 24 heures, la confusion, le doute, ont été semés, et il n’a pas réussi son coup semble-t-il. Ce qui est sûr, c’est qu’on peut s’attendre à d’autres opérations, puisqu’il veut redevenir investisseur et que, dit-il, des banques lui proposent des projets. La première chose confuse, c’est l’enveloppe dont il dispose, qui lui est payée par l’Etat. Son avocat avait annoncé en juillet 30 millions d’euros, mais cela pourrait être le triple ou le quintuple ! La seconde incertitude, c’est l’objectif de Bernard Tapie. Son bilan à la tête des piles Wonder, de Manufrance, des fixations de ski Look, de La Vie claire, est discuté, c’est le moins qu’on puisse dire, et surtout il n’a jamais conservé durablement une société, y compris Adidas. Tout cela veut dire qu’un certain nombre de chefs d’entreprise ont intérêt à compter leurs alliés et qu’il est peu probable que des salariés d’entreprises en difficulté verront en Bernard Tapie un sauveur ou un chevalier blanc portant la refondation du capitalisme en bandoulière.

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