La crise grecque a provoqué hier une mini-panique sur les marchés boursiers européens.Oui, cette crise a quitté hier le terrain virtuel pour toucher directement les Européens et leur épargne (pour ceux qui ont un portefeuille boursier), avec une baisse des marchés d’actions – Paris qui a reculé de quasiment 4%, la plus forte chute depuis un an. Jusqu’à présent, la crise grecque était une affaire politique, financière, technique ; maintenant elle concerne de près un certain nombre de Français. Qu’est-ce qui a provoqué ce mouvement ? Trois choses : les agences de notation ont baissé les notes des dettes grecque – considérée comme une dette « pourrie » - et portugaise. Le déficit grec a été encore revu à la hausse – 14% du PIB fin 2009. Enfin, les Européens patinent toujours : un accord imminent est une nouvelle fois annoncé et un sommet de chefs d’Etat est prévu le 10 mai … au lendemain d’une élection locale vitale pour l’avenir d’Angela Merkel. Quel premier commentaire sur cet énième épisode ?Un s’impose. Quitte à mettre de l’affect (comme on dit) et de la distance par rapport à l’événement immédiat, c’est un sentiment de grande tristesse devant cet énorme gâchis auquel on assiste. Cette crise aurait sans doute pu être résolue par un traitement chirurgical au tout début, par exemple si quelques Etats européens, voire quelques établissements bancaires, avaient directement acheté de la dette grecque. Au-delà de la responsabilité des Grecs, des indécisions allemandes, au-delà de tout cela, il y a un côté tragique dans ce spectacle d’une Europe qui ne trouve pas la bonne solution. Doublement tragique, d’ailleurs. La crise de l’été 2008 a démarré aux Etats-Unis pour s’étendre au reste du monde. La phase la plus violente a quitté les Etats-Unis, mais elle revient en Europe sous la forme d’un boomerang, celui des déficits publics. Et c’est Washington qui prie l’Europe de mettre bon ordre dans ses affaires ! On croit rêver. Même un auteur de polar financier n’y aurait pas pensé. Et quelle fin pourrait-il écrire, cet auteur ? !Difficile à savoir. La raison commande encore de penser que l’aide sera activée avec l’appui de l’Allemagne. Mais il faudra mettre beaucoup plus sur la table. Jusqu’à maintenant, on parlait de 45 milliards d’euros en 2010, désormais l’Europe va devoir s’engager pour les années suivantes. Ce qui est frappant est que les tabous tombent les uns après les autres. On a d’abord entendu : jamais le FMI n’interviendra. Il va intervenir. Puis, on a entendu : il suffit d’annoncer un plan sans détails, les marchés seront rassurés. Cela ne suffit pas. Désormais, l’idée même d’un défaut de la Grèce n’est plus taboue. Et des voix commencent à recommander un rééchelonnement de la dette grecque - comme l’Argentine autrefois. Autrement dit, Athènes ne paierait plus ses créanciers, le temps de respirer un peu. On ne peut donc plus jurer de rien. Cela dit, le risque c’est celui des dominos, avec le le Portugal maintenant. Quel est le rôle de la France dans tout cela ?Paradoxal, puisque c’est l’Allemagne qui a la clé de la tirelire. Mais constant pour la rattraper par la manche. La discrétion de Nicolas Sarkozy sur le dossier grec est à noter. Il s’est convaincu qu’agir en coulisse sans provoquer Angela Merkel publiquement serait plus efficace. C’est une attitude inhabituelle chez lui et, je crois, bienvenue.

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.