Le ministère du Travail l’a annoncé hier soir : avec 21.100 inscrits en moins à Pôle Emploi, le chômage a reculé pour le troisième mois consécutif en mars.

Si une hirondelle ne fait pas le printemps, trois baisses du chômage commencent à faire une tendance. Si on calcule bien, le nombre de demandeurs d’emploi a baissé de 40.000 environ depuis le début de l’année. La moitié de la hausse de 2010. Où en est-on ? La France compte 2.680.000 demandeurs d’emploi sans travail (de catégorie A). La précision lexicale et alphabétique est utile : si l’on rajoute les personnes qui travaillent mais qui recherchent un autre poste plus stable, plus durable que leur poste actuel, on arrive à quatre millions. Mais elles ne sont pas au chômage stricto sensu. Cette baisse va-t-elle continuer ? Il est impossible de le jurer mais la pente est prometteuse. Pour une raison simple : les contrats aidés, dans l’administration, les collectivités, ne tournent pas encore à plein régime, ce sera dans les mois qui viennent. Pour l’instant, ils ne contribuent pas à la baisse. Conclusion : Il se passe quelque chose dans l’économie.

Quelle est, justement, l’analyse économique actuelle ? Elle est encourageante, mais il y a deux scénarios. La crise a eu un effet violent, brutal sur l’emploi mais cet effet a été plus court que prévu. A partir de là, l’Insee et le ministère du Travail ne sont pas d’accord. L’Insee a toujours été pessimiste, il avait anticipé jusqu’à un million de destruction d’emplois pendant la crise. Finalement, il y en a eu la moitié –ce qui est encore énorme. Les entreprises ont moins licencié que la pire récession depuis 1945 pouvait le faire craindre. Et en sortie de crise, l’Insee reste très petitement optimiste. Pour lui, le chômage va peu baisser. Mais il y a une autre école. Les experts du ministère du Travail pensent, eux, différemment. Ils jugent que le marché de l’emploi est devenu plus souple et que cela joue maintenant dans le bon sens. Selon eux, l’activité économique est solide et il suffit désormais d’une croissance de 1,5% pour faire plier le chômage. L’intérim et la rupture à l’amiable des contrats de travail rassurent les employeurs. Avec leurs équations en main, Xavier Bertrand se met à rêver que le taux de chômage repasse sous la barre des 9% avant décembre. On verra qui a raison !

Mais il y a de toutes façons plusieurs inconnues à cette équation. Il faut d’abord qu’il n’y ait pas une autre crise qui dissuade les entreprises d’embaucher. Ensuite, il faut que la population active ne monte pas trop vite. On connaît à la virgule près les effets de la démographie, mais l’amélioration du marché de l’emploi peut inciter des personnes qui s’étaient débrouillées autrement à revenir à Pôle emploi. C’est (si on peut dire) « mauvais » pour le chiffre du chômage ,donc, si ça va mieux, chut !

Enfin et surtout, on ignore l’effet sur l’emploi que va avoir la réforme des retraites qui rentre en vigueur cette année. La situation des seniors est pour l’instant morose. - Trois mois de baisse, quand même une bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy ? D'abord pour ceux qui retrouvent un emploi. Si le recul du chômage se poursuit, cela privera l’opposition d’un angle d’attaque. Nicolas Sarkozy y perdra un handicap, mais il n’y gagnera pas un avantage décisif.

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