Vous commentez ce matin les difficultés d’Alstom et les offres concurrentes de General Electric et de Siemens, le groupe allemand étant soutenu par le gouvernement…

Quelle que soit l’issue de la bataille, Alstom va rejoindre, hélas, la série des quelques grandes entreprises françaises – les fleurons industriels comme on dit – qui ont été démantelées et / ou sont passées sous pavillon étranger depuis dix ans. En 2003, Péchiney a été repris par le canadien Alcan. Le rachat d’Arcelor par Mittal date de 2006. Et maintenant donc Alstom, trop petit, trop européen, et qui sera scindé, quoi qu’il se passe - que sa branche énergie soit reprise par General Electric ou Siemens. Le mot est affreux, mais il s’agit bien d’une vente par appartements. Si on continue, les difficultés d’Alcatel sont connues. PSA, bien sûr, n’a pas changé de drapeau ; mais le groupe français a dû être sauvé in extremis par l’Etat et un groupe chinois. C’est au fond le premier élément qui frappe dans cette affaire : une perte de substance pour la France - et l’industrie française. Disons le brutalement : Alstom-PSA, ce sont les deux dernières preuves du déclin industriel français.

Vous parlez bien de déclin industriel…

Oui, on va apporter une nuance. Notre sang industriel se vide, mais dans d’autres domaines, des groupes français sont à l’offensive dans le monde. On pense au luxe (LVMH, Kering), à la banque, à l’assurance. On pense à des activités en pleine renaissance comme le décolletage en Savoie. On pense aussi à des entreprises qui vont bien, comme Publicis dans la pub ou le cimentier Lafarge. Mais aïe ! Justement, quand ces groupes vont bien, et se fiancent ou se marient à l’international, comme Publicis (même si il y a de l’eau dans le gaz) et comme Lafarge l’ont annoncé ces derniers mois, la décision est prise d’installer les sièges à Londres, aux Pays-Bas ou en Suisse. C’est le deuxième élément : le pessimisme actuel n’est pas le fruit de l’imagination ou d’un complot ultralibéral ourdi on ne sait où, il découle de l’observation des faits. Des faits que le rapport Gallois avait parfaitement diagnostiqués en 2012 et que la nouvelle politique de l’offre du gouvernement, qui va dans le bon sens, mettra du temps à corriger.

Vous aurez le temps d’y revenir dans les prochains jours, mais juste en deux phrases, pour Alstom, c’est mieux avec General Electric ou avec Siemens ?

A court terme, c’est plus facile avec General Electric, sur le plan social parce que les activités ne doublonnent pas. Le deal que propose Siemens – on prend la branche énergie d’Alstom, on donne à Alstom notre TGV ICE – est un peu un leurre parce que les TGV ne se vendent pas à l’export. A long terme, ce serait l’intérêt européen de bâtir des groupes européens. Mais le couple franco-allemand est tellement déséquilibré que dans tous les cas, les Français perdent la main.

Un dernier mot ?

Le 17 février, François Hollande recevait en grande pompe des patrons étrangers pour leur dire : venez en France. Hier soir, on a appris qu’il recevra ce matin celui de General Electric, qu’Arnaud Montebourg avait convoqué puis décommandé hier. Heureusement : le patriotisme n’est pas obligé d’être grossier.

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