Arnaud Le Gal, des Echos .

Vous nous parlez emploi ce matin. Mais pas simplement des derniers chiffres du chômage.

Il ne s’agit pas de minimiser la nouvelle hausse du chômage enregistrée en mars et le fait que plus de plus de 3,5 millions de personnes en âge de travailler n’exercent aucune activité. Mais les hasards du calendrier font que ce mardi va être remis au ministère du Travail un rapport sur « Les métiers en 2022 ». Une étude de France Stratégie et de la Dares. Elle ouvre des perspectives très nettes sur le devenir de ce marché du travail français qui se porte si mal.

Premier enseignement : le temps joue pour la France. Le vieillissement de la population va naturellement créer un appel d’air. Plus fort que la reprise de l’activité : une croissance moyenne de 1.4 % par an déboucherait sur 177 000 créations d’emplois chaque année. La démographie, c’est beaucoup plus : avec « l’arrivée en fin de vie active des générations du baby-boom » dont le pic arrive à l’horizon 2020, 800 000 postes seront à pourvoir chaque année. Ce qui pourrait ramener enfin le taux de chômage en deçà des 10 %.

Vous ne voulez tout de même pas dire qu’il suffit d’attendre… ?

Non. Certes, la Corrèze, chère à François Hollande, était le fief d’Henri Queuille, père du fameux « Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ». Mais là, Etat et partenaires sociaux sont attendus au tournant pour, dit le rapport « favoriser l’appariement » sur le marché du travail. En gros l’adéquation entre besoins des employeurs et profil des demandeurs. Ce qui suppose d’investir dans l’innovation et surtout dans la formation tout au long de la vie. Pour former davantage de bac +4/5, dont la demande progresse quand certains emplois en bac+2 se tarissent. Pour aussi accompagner l’évolution des emplois peu qualifiés. Et, on y revient sans cesse, pour développer l’apprentissage, pas juste dans l’industrie ou l’artisanat, mais aussi dans les services.

Puisque vous parlez de métiers, ce rapport précise-t-il ceux qui recruteront le plus ?

Il illustre plusieurs tendances lourdes. La première est une confirmation : la fameuse tertiarisation de l’économie. L’essentiel des créations de postes à l’horizon 2022 se feront dans les services (aux particuliers et aux entreprises), tandis que dans l’industrie, pour résumer, seuls les postes qualifiés progresseront, et de façon limitée, et que l’emploi agricole continuera de chuter. Autre phénomène structurant : la révolution numérique, qui portera la demande en ingénieurs, informaticiens, mais aussi en professionnels de l’information et du divertissement. Troisième clé : la mutation des modes de vie et de consommation, dont devraient tirer profit le commerce ou l’hôtellerie-restauration. Tertiarisation, révolution, mutation… cela rime avec transformation. Celle de la demande est déjà une réalité. Celle des entreprises, et de la manière d’y travailler, ne fait que commencer.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.