Jusqu'à maintenant, on avait des données générales désincarnées sur les conséquences du choc économique. Avec la hausse du nombre de chômeurs, ce sont des femmes et des hommes. Le déconfinement prend du coup une autre importance.

On l’a appris hier : le nombre de chômeurs a augmenté de 246.000 au mois de mars. On peut même imaginer que c’est en deux semaines seulement, après le début du confinement. 

C’est l’indicateur le plus spectaculaire, et en réalité parmi les tous premiers, de la violence du choc économique. Pourquoi dit-on parmi les tous premiers puisqu’il y a des informations économiques tous les jours ? Des prévisions de récession, la baisse des immatriculations automobiles, les angoisses des petits commerces fermés. En fait, ce sont finalement là des données désincarnées, générales, sur lesquelles on ne peut pas mettre un visage. Ce sont des indicateurs disons « mous ». 

Le nombre de demandeurs d’emplois, c’est autre chose, c’est un indicateur « dur », brut. Un quart de million de femmes et d’hommes de plus se retrouvent sans emploi, et des précaires puisque ce sont des CDD et de l’intérim non renouvelés. Alors, vous me direz : dix millions de personnes en chômage partiel, çà aussi c’est quand même du concret. Oui, sauf que cela paraît moins violent que le chômage tout court, parce que les salariés en chômage partiel sont toujours en lien avec leurs entreprises, ils ont un bulletin de salaire et ils appartiennent à une équipe. 

Deux autres informations témoignent ces tous derniers jours de la brutalité de ce qui se passe : les difficultés d’Air France et d’Airbus. Il leur faudra au minimum deux ans pour remonter la pente. Pourquoi ? C’est simple : les plus de 60 ans ne sont prêts à reprendre l’avion. Guillaume Faury, patron d’Airbus, a écrit à ses 135.000 salariés pour leur dire : c’est la survie de l’entreprise qui est en jeu. Et Derrière Airbus, il y a Safran, Thales, Daher etc., l’aéronautique, c’est une des plus belles filières tricolores.

Qu’attend l’économie du discours d’Edouard Philippe ?

Pendant un mois, on a entendu tous les jours le décompte douloureux des victimes du virus, et c’est normal, et il faut continuer, et il n’est pas question de relâcher la vigilance. Le décompte des victimes économiques a été jusqu’à maintenant invisible, il devient visible. 

Arbitrage terrible, sans doute facile à trancher quand on est protégé à tous points de vue, en télétravail et dans des secteurs qui ont les ressources pour tenir. Mais arbitrage qu’après avoir pesé, soupesé, repesé, il faut désormais rendre. Les pouvoirs publics vont prendre des décisions dont vont dépendre des vies, et cela n’arrive pas tous les jours. 

Qui aimerait être à leur place ?

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