La Chine ne veut plus seulement être l’usine du monde, elle entend devenir aussi un géant du cinéma. Et « La grande Muraille » en est le premier vrai symbole.

Alors je vais donner quelques chiffres pour rassurer les auditeurs qui écoutent un édito éco : le budget du film d’abord, confortable : 150 millions de dollars, y compris le cachet de la superstar américaine Matt Damon. Avant même de toucher la France le 11 janvier et les Etats-Unis en février, La Grande Muraille a déjà rapporté 120 millions en Chine en à peine quinze jours. Autre chiffre, le nombre de salles de cinéma pour montrer que l’ambition n’est pas seulement du côté de la production mais aussi de la consommation : le pays compte désormais 41.000 grands écrans, davantage que les Etats-Unis.

Alors, qu’est-ce qui motive cette volonté de la Chine ? D’abord, elle veut faire de l’argent avec des films qui se vendent non plus seulement en Chine mais aussi ailleurs dans le monde. On avait eu la même chose en France avec notamment Luc Besson et ses films tournés directement en américain, comme « Lucy » qui avait attiré plus de 50 millions de spectateurs étrangers. Ensuite, et je dirais surtout, la Chine veut affirmer ce que les géopoliticiens appellent son « soft power », un pouvoir de persuasion bien différent du pouvoir de coercition que donnent les armes. Dans La Grande Muraille, les Chinois seront par exemple des gentils, que Matt Damon aide à combattre des monstres qui veulent les envahir.

Un soft power dont les experts sont bien sûr les Américains… Avec toute son industrie du cinéma, des séries télé, de la musique, des jeux vidéos et des réseaux sociaux, le soft power était jusqu’à présent une spécialité des Etats-Unis qui lui rapporte à la fois beaucoup d’argent et d’adhésion aux valeurs américaines. Mais les temps changent. Au moment où la Chine dégaine sa « grande Muraille », le prochain président des Etats-Unis, lui, rêve de construire un grand mur face au Mexique. Duel à suivre.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.