Après les Oscars qui ont célébré The Artist à Los Angeles, vous êtes partis à la recherche d’autres champions mondiaux dont pourrait s’enorgueillir la France.

Dans la période de pessimisme noir et de déclinisme que la France traverse, la victoire de Jean Duvardin aux Etats-Unis a donné un petit frisson de fierté à tout un pays. François Hollande et Nicolas Sarkozy ne s'y sont pas trompés : ils ont battu des records de vitesse pour déposer des félicitations sur Tweeter. Le cinéma français champion, mais y a-t-il beaucoup d’autres secteurs dont on peut en dire autant ? La réponse est : oui (tant mieux), mais pas tant que çà (hélas). Si on réfléchit un instant, on pense à deux industries indiscutables et imbattables : l’aéronautique - avec Airbus - et le luxe - avec les marques de LVMH, Hermès, le champagne, les grands vins. Si on réfléchit un instant de plus, on ajoute le nucléaire et les transports (les exportations de TGV) mais on sait qu’il y a eu des échecs cuisants. Mais pour continuer, il faut réfléchir encore un peu plus.

Parce que la suite saute moins aux yeux ?

Disons qu’elle est moins nette. Il est difficile de mettre les constructeurs automobiles français parmi les champions mondiaux - ils sont en Allemagne, aux Etats-Unis et au Japon. Les laboratoires pharmaceutiques sont moins en vue qu’auparavant. Les machines-outils dont raffolent les pays émergents sont ailleurs. Alors, il y a quand même d’autres champions, moins connus, sur la première marche, et pas seulement les producteurs de foie gras. La France est la première destination touristique au monde (on parle de 20 millions de touristes chinois par an dans dix ans), elle est aussi leader reconnu dans les services : la distribution d’eau avec Veolia et d’électricité avec EDF. C’est encore un groupe français, la Snecma, qui fabrique, avec l’américain General Electric, le moteur d’avion le plus vendu au monde, le CFM-56. Qui le sait ? Enfin, dans plusieurs spécialités médicales, les français sont les meilleurs.

Mais vous disiez aussi qu’hélas il n’y en a pas assez ?

C’est le déficit du commerce extérieur qui le dit ! Nous n’avons pas assez de produits que les autres veulent acheter. Rien (Bruno) ne vous frappe dans l’énumération que je viens de faire ? … Il n’y a pas de champions des nouvelles technologies, du numérique, des énergies décarbonnées, des biotechnologies ou des neurosciences. Bref, les technologies de demain. On peut citer des belles réussites, comme Ubisoft (jeux vidéo) ou Dassault systèmes (logiciels complexes), mais c’est peu. L’explication est brutale : pas assez de dépenses de recherche dans les entreprises, pas assez de capitaux pour se développer. Nos ingénieurs sont bons. Mais, même si ça n’est pas politiquement correct de le dire, la marge des entreprises est plus faible ici qu’ailleurs. Voilà une des explications.

Derrière l’écran de The Artist, vous nous repoussez vers le pessimisme !

Non, la France peut être fière de la santé des Français et de sa natalité. Mais The Artist montre la voie à emprunter : l’inventivité, l’ingéniosité et accepter aussi certaines règles du jeu dominantes, anglo-saxonnes. Mais il faut s’arrêter là : parce qu’on finirait par dire que les Etats-Unis et le monde aiment la France quand elle est muette.

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