Ce matin, vous nous annoncez une grande nouvelle : la dé-mondialisation a commencé! Oui, la dé-mondialisation a commencé, et pas n'importe laquelle : la dé-mondialisation de la finance. Cela va réjouir certains auditeurs, puisque la globalisation de la finance, la finance sans visage, est vue comme l'origine de la crise née en 2007. Il faut donner les chiffres. Ils ont été calculés au niveau mondial par Mac-Kinsey. En 2007, le flux des capitaux trans-frontaliers, en clair l'argent qui va d'un pays à un autre, avait atteint 11.800 milliards de dollars ; en 2012, ce chiffre est tombé à 4.600 milliards. Moins 60%. Il s'agit des prêts bancaires, de l'achat d'obligations d'Etat et de devises. C'est un tournant, que l'on devinait, mais qui prend de la chair.Evidemment, on vous demande : que s'est-il passé ? La réponse tient en un mot : la re-nationalisation de la finance. Les banques financent d'abord les projets de leur pays ; les investisseurs achètent d'abord des titres de leur Etat et des actions de leurs entreprises nationales ; un industriel américain va d'abord investir chez lui avant d'aller ailleurs. Face à la montée des risques, les frontières sont revenues. C'est encore plus vrai en Europe : seules les banques italiennes travaillent en Italie, les banques allemandes en Allemagne, les françaises en France et personne en Grèce. La crise de la zone euro a créé de la méfiance.Cette dé-mondialisation et cette re-nationalisation, bonne ou une mauvaise nouvelle ? Si elle est synonyme de dégonflement d'une bulle, c'est bien. Si elle permet de sécuriser, d'éviter la contagion des virus, les effets en chaîne, c'est ce que veulent les régulateurs, c'est bien. Voilà la version Bisounours. A l'inverse, cela témoigne que chaque pays se recroqueville sur son propre système financier, qu'il ne faut pas s'étonner qu'il manque de l'argent pour financer les dettes ou les projets. En Europe, la question est cruciale. Ce sont les banques centrales et la BCE qui, seules, font circuler l'argent. Un banquier me disait il y a quelques jours : le marché unique financier est mort en Europe.Une autre dimension mérite attention : la montée des échanges Sud-Sud. C'est vrai. Les flux d'argent diminuent au sein du Nord, ils se maintiennent du Sud vers le Nord, et bondissent au sein du Sud. La Chine finance toujours les Etats-Unis, mais aussi l'Afrique. Lors des précédentes révolutions économiques, les pays matures finançaient le développement des pays neufs ; c'est la première fois que de pays neufs font les fins de mois de pays riches.Dé-mondialisation financière, mais qu'en est-il des marchandises, des productions ? Hormis quelques exceptions, les produits restent made in World. Les smart-phones d'Apple, les voitures, les avions, leur chaîne de fabrication fait intervenir le monde entier. Le grand public le découvre dans une certaine alimentation. Est-ce que le scandale du cheval va forcer au retour des circuits courts et locaux ? Peut-être. Dans ce cas, on dira que les boulettes de cheval ont été le ver dans le fruit, les sub-primes de notre assiette !

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