Benoît Hamon, à ce micro hier, a défendu une position inédite : une restructuration de la dette publique française.

En une phrase, le candidat socialiste a évoqué une proposition, que l’on soit d’accord ou pas avec elle, qui mérite qu’on s’y attarde parce qu’elle est totalement inédite de la part d’un parti de gouvernement dans un grand pays. Je cite Benoît Hamon : « Il faudra regarder ce qu’on pourra rembourser ou pas rembourser (…) Il y a une dette vis-à-vis des banquiers que nous pouvons parfaitement renégocier ». Fin de citation. Le candidat officiel du Parti socialiste dit donc clairement que la France pourrait, s’il était élu président de la République, (pourrait) ne pas honorer une partie de sa dette publique, contractée auprès des créanciers. C’est une position défendue par Podemos en Espagne ou les travaillistes britanniques depuis que Jeremy Corbyn est à leur tête. Mais pour le PS c’est nouveau. C’est une prise de position qui a moins d’écho que la remise en cause de la fameuse référence des 3% de déficit public rapporté au produit intérieur brut, et pourtant c’est plus significatif. Le débat a toujours eu lieu sur le bon niveau de déficit public, et fort heureusement. En revanche, ne pas rembourser ses créanciers est une autre paire de manche si je puis dire.

D’où vient cette idée ?

C’est l’économiste Thomas Piketty qui pousse dans ce sens et évoque un moratoire sur la dette publique française, comme celle des pays du Sud, et espère une mutualisation des dettes dans la zone euro. On n’est pas sûr de tout à fait bien comprendre, sauf l’idée d’un bras de fer avec l’Allemagne. Et qu’il faut remonter peut-être aux Assignats pour voir la France faire défaut. La dette allemande a été restructurée en 1953, mais c’était juste après la Guerre. On voit que l’idée d’effacer la dette grecque a eu du mal à passer, et la réalité est qu’elle n’emprunte plus sur les marchés. Car c’est évidemment la question centrale : ne plus payer ses créanciers est possible à condition de ne plus avoir à leur emprunter ensuite. Sinon, ces créanciers vous prêtent, s’ils vous prêtent, beaucoup plus cher et c’est assez logique. La conclusion est qu’en allant sur ce terrain, Benoît Hamon donne très fortement le sentiment de ne absolument pas croire à ses chances de succès.

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