Le coup de force des Pays-Bas sur Air France-KLM témoigne de la dégradation du climat politique entre pays européens. Economiquement, KLM et Nissan, sauvés il y a 20 ans par les Français, vont mieux et veulent reprendre du pouvoir. Ce n'est pas illogique.

 En 2018, KLM a réalisé 80% du résultat d’Air France-KLM
En 2018, KLM a réalisé 80% du résultat d’Air France-KLM © AFP / Joseph Lago

On commençait à y croire : les résultats financiers étaient bons et le nouveau PDG canadien déployait une vraie stratégie pour refaire d’Air France une compagnie haut de gamme. Et patatras : le gouvernement néerlandais est monté en douce au capital du groupe, pour avoir autant de pouvoirs que la France et préserver les intérêts de KLM. Il détient 14% du capital, c'est-à-dire qu'il a continué à acheter des actions y compris put-être après les premiers signes de colère français

Des méthodes de voyou ? C'est ce que  dit Bercy. C'est en tous cas une 1ère absolue. 

A partir de là, quelle analyse ? 

D’abord, c'est la 3ème fois en trois mois qu’Emmanuel Macron et le gouvernement sont pris par surprise sur trois entreprises considérables : ils n’ont pas vu venir l’affaire Carlos Ghosn, ils n’étaient pas au courant de l’arrêt de l’A380 par Airbus et ils sont tombés de leur chaise sur KLM. Le pouvoir politique gesticule beaucoup, mais tout ne passe plus par lui. 

Ensuite, on voit bien que, partout, les intérêts nationaux reviennent au galop. Pour défendre Nissan, au Japon. Pour défendre les ailes néerlandaises, aux Pays-Bas (un pays libéral), alors que la compagnie appartient à Air France. Si on ajoute l’affaire Alstom-Siemens, les mariages sont décidément compliqués, notamment en Europe....  

Ce n'est pas tout 

On est obligé de constater que, si j’ose, les caves se rebiffent. Les caves, ce sont des entreprises en coma dépassé il y a 20 ans, Nissan et KLM, qui ont été redressées par des Français, mais qui aujourd’hui vont mieux que leur tutelle. En 2018, KLM a réalisé 80% du résultat d’Air France-KLM. 

A qui la faute des brouilles ? 

Soyons clairs, les Pays-Bas poussent le bouchon assez loin en demandant qu’on les respecte davantage : c'est un paradis juridique voire fiscal pas très coopératif !  Mais leur coup de force est aussi le retour à l’envoyeur contre une certaine arrogance française qui n’était pas non plus étrangère à Carlos Ghosn, et à Emmanuel Macron quand il était à Bercy et a humilié Nissan avec pile la même méthode que les néerlandais aujourd’hui. 

Amsterdam considère enfin que les frenchies ne sont pas très sérieux, avec leurs pilotes souvent en grève et leurs déficits permanents. 

Ce n'est pas hasard que Mark Rutte soit un des opposants les plus actifs contre les projets Merkel-Macron sur le budget de la zone  euro.

Que peut-il se passer ? 

Demain, il y aura une explication tendue entre Bruno Le Maire et son homologue hollandais. Il faut bien sûr espérer que le climat s’apaise et qu’une sorte de chaos de gouvernance ne dure pas. Mais toute l’énergie qui sera consacrée à cette crise ne le sera pas ailleurs, sur l’essentiel, l’avenir de la 3ème compagnie aérienne européenne.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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