L'ouverture annoncée par Huawei d'une grosse usine en France est un coup de pression des Chinois sur le gouvernement. Lequel risque de se retrouver pris au piège. C'est aussi un renversement historique : le retard technologique de l'Ouest.

Magasin Huawei à Barcelone
Magasin Huawei à Barcelone © Getty / SOPA Images

Le n°1 mondial de la téléphonie mobile, le Chinois Huawei, veut ouvrir une usine en France. Le patron du géant chinois est venu l’annoncer à Paris hier, il va investir ici 200 millions d'euros, avec 500 emplois directs à la clé. Objectif : fabriquer des antennes pour la 4G et la 5G. 

La question que l’on se pose peut paraître bizarre. Elle est pourtant simple : est-ce une bonne nouvelle ? 

Normalement, on devrait dire « oui, bien sûr », l’entreprise a choisi la France parmi tous les pays européens, elle prévoit un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros. 

Mais s’il y a une interrogation, c’est que cette annonce n’est pas un aboutissement, mais une étape – et une étape dans un bras de fer.

Le bras de fer qui oppose Huawei et les Etats-Unis, Huawei et une partie des Européens qui se demandent s’ils ne sont pas rentrés dans une dépendance technologique et si, pire, le géant Chinois n’est pas un cheval de Troie, prêt à espionner nos communications. 

Washington a interdit Huawei pour la 5G aux Etats-Unis, les Européens sont hésitants et divisés sur les risques. Les Chinois, eux, répliquent avec un argument simple : "vous êtes bien gentils de vous méfier de nous, mais nous, nous vous avons achetés des Airbus et des centrales nucléaires, nous avons pris nos risques aussi". 

En France, les opérateurs télécoms Bouygues Télécoms et SFR veulent de la technologie Huawei tandis qu’Orange, sous pression politique, s’en passe. Le coût de retirer les matériels Huawei existants des réseaux actuels seraient exorbitants pour les deux premiers. Chacun se souvient  aussi de la polémique qui était née de l'installation, sur l'immeuble Altice (propriétaire de SFR) à Paris XVème, d'une grande antenne ... A 100 mètres du ministère de la Défense.

Pourquoi tant d'attrait ?

Huawei est le moins cher et la société, techniquement, aurait six à neuf mois d’avance sur le suédois Ericsson qui, lui-même, en a autant sur le finlandais Nokia. 

Bref résumons : cette annonce, c’est de toute évidence un moyen de pression du Chinois sur le gouvernement français, qui hésite. Gouvernement cherche à avoir le beurre (la sécurité) et l’argent du beurre (les emplois), le risque est de n'avoir ni l'un ni l'autre. On verra si Bercy joue le coup finement.  C'est Emmanuel Macron qui semble le plus dur vis-à-vis de Huawei sur ce dossier.

Et au-delà, que dit cette annonce ? 

On voit bien le renversement historique. Il y a vingt ans, le transfert de technologie (j’évoquais le nucléaire, le TGV) se faisant de l’Occident vers la Chine. Aujourd’hui, il y a un domaine, les télécoms, où c’est désormais le sens inverse : c’est Pékin qui est en avance. Il va falloir s’habituer à ce qu’il y en ait d’autres, sans naïveté, en se protégeant contre ce qui serait illégal, mais en se disant que c’est normal. L’enjeu est très concret : il y a aujourd’hui 350 000 antennes-relais de téléphonie mobile en Europe.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.