L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____ La journée de mobilisation syndicale commence dès ce soir, 20 heures dans les transports. Et cette journée, dont les syndicats veulent faire un grand rendez-vous - et c’est probable qu’ils réussiront - est atypique pour un ensemble de raisons. La première, c’est qu’il ne s’agit pas d’une mobilisation contre un projet en particulier. C’était le cas en 1995 et 2003, contre la réforme des retraites, ou en 2006 contre le CPE, le contrat première embauche. Là, derrière la bannière de l’appel quand même assez large à la « relance sociale », c’est en fait une journée anti-crise qui exprime l’exaspération, l’inquiétude, la colère face à ce qui se passe. Et qui n’éprouve, dans une part de lui-même, tout cela ? Avant de se transporter peut-être dans la rue, cette angoisse s’est d’ailleurs vue dans les magasins : on a appris hier que les achats dans les grandes surfaces ont reculé en 2008, pour la première fois depuis une trentaine d’années. Donc, voilà, un malaise, un manifeste, pas une motion précise. Il y a d’autres spécificités. La deuxième est classique. Ce sont les services publics et la fonction publique qui seront mobilisés en priorité, plus que les salariés du secteur privé. Sans faire injure aux premiers, ce sont les seconds qui ont et auront dans les mois qui viennent des raisons de protester : ils paient pour une conjoncture dans laquelle leur responsabilité est nulle. Et puis, troisième particularité, la France se singularise avec ces grèves de 24 heures dites « carrées ». Alors même que la crise est globale, les seuls autres pays où il y a ce type de mouvement sont l’Islande, les Pays baltes et la Bulgarie. La situation française, si on prend le seul exemple de l’Allemagne, est atypique : il y a de moins en moins de conflits mais de plus en plus de défilés ; en Allemagne, c’est l’inverse, il y a des conflits, pour les hausses de salaire dans les entreprises l’an dernier, avec succès d’ailleurs, mais peu de défilés. Selon les points de vue, on dira donc qu’il y a une exception ou un modèle français. La mobilisation va-t-elle gêner Nicolas Sarkozy et le gouvernement ? Tout dépend de son ampleur. Mais Nicolas Sarkozy comme François Fillon, hier soir, ont pris soin de montrer de l’empathie vis-à-vis de cette journée. C’est plus malin que de dénoncer la marée qui monte, comme l’a fait un peu Eric Woerth, le ministre du budget, ici hier matin. Sur le fond, ils ne peuvent plus dire : « quand il y a une grève personne ne s’en aperçoit ». Mais ce type de mouvement, s’il reste canalisé par les syndicats, disons institutionnels, n’est pas trop embarrassant tant qu’il y a unité de temps, de lieu et d’action, comme on dit au théâtre. Les syndicats, eux, savent bien que des manifestations ne vont pas stopper la crise. Leurs revendications ne sont pas non plus très précises. Ils savent aussi que paralyser l’activité économique risque de se retourner contre eux. Mais en réalité, le bilan de demain se jouera d’abord sur le service minimum dans les transports. Avec en filigrane, dans les déclarations d’hier, un marché proposé : s’il fonctionne, la loi ne sera pas durcie. Quelle suite au mouvement ? Pas de pari ! En fait, les syndicats sont divisés. Faut-il une suite, pour quoi faire ? En revanche, une chose fait défaut. C’est une explication aux Français par Nicolas Sarkozy de la crise, de son action, du soutien aux banques etc. Une série de vœux qui font 2 minutes à la télévision ou à la radio ne suffisent pas. Cela ne pourra pas attendre très longtemps.

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