Dominique Seux commente la courbe du chômage qui ne s’est pas inversée. Sans surprise, c’est un échec pour François Hollande ? Evidemment. Mais avant même de parler d’échec pour François Hollande, il faut mesurer ce que représente cet échec pour notre pays. Et surtout pour tous ceux qui subissent le chômage. Depuis hier soir, on a entendu beaucoup de chiffres, et donc on ne va pas en abuser. Juste deux, très simples et stupéfiants en même temps. Fin décembre, presque 5,6 millions de personnes étaient inscrites à Pôle Emploi, soit qu’elles ne travaillaient pas du tout (3,3 millions), soit qu’elles travaillaient mais cherchent à travailler plus. 5,6 millions, cela représente un actif sur quatre ou cinq du secteur privé en France qui est en relation avec Pole Emploi ! Enorme. La proportion des Français qui n’ont pas du tout d’emploi, c’est un sur sept ou un sur huit. On bat des records.Quelle est l’ampleur de l’échec pour François Hollande ? Il est à la hauteur de la promesse martelée les yeux dans les yeux aux Français : flagrant. Surtout si on se rappelle que cette promesse d’inversion, au départ, ne fixait pas comme rendez-vous la fin 2013 mais la fin de l’été 2013. Il y avait donc déjà eu un glissement … L’échec se mesure aussi à notre situation, en France, par rapport aux grands pays comparables. Si on prend les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, la France est le seul pays où la courbe ne s’est pas inversée l’année dernière. Le chômage y a augmenté, comme en Espagne, comme en Italie, comme dans beaucoup de pays de la zone euro, mais pas chez ceux qui ont pris le problème à bras le corps. Le drame c’est qu’on ne voit pas pourquoi cela changerait fondamentalement dans les mois à venir : car la conjoncture reste plate, poisseuse. Mais au fond, ce qui est le plus frappant est que la situation reste mauvaise alors qu’il n’y a pas eu de choc externe, financier et mondial comme en 2008-2009, ou monétaire et européen en 2011-2012.Alors, que s’est-il passé ? On va employer un mot qui va sembler dur : la nonchalance. Des décisions ont été prises, mais le gouvernement n’a pas donné l’impression qu’il faisait face à une urgence. Il pariait que la croissance reviendrait plus vite et plus fort. Il fait, le gouvernement, comme si les emplois aidés, subventionnés, constituaient une politique de l’emploi alors que ce n’est qu’une politique sociale – d’ailleurs utile. Ce qui est vrai est qu’il a changé de pied, avec un discours pro-entreprises très assumé depuis un mois pour redonner confiance. Mais s’il y a urgence, on ne comprend pas pourquoi la baisse des charges n’interviendra qu’en 2015, et pas dans trois mois ! Les députés n’auraient pas le temps ? Allons bon ! Ils discuteront aujourd’hui de la ratification de la charte européenne des langues régionales… S’il y a urgence pour relancer la croissance européenne, on ne comprend pas non plus pourquoi aucune initiative n’a été proposée par Paris depuis bientôt deux ans. Tournant politique, inversion de la courbe : le défi n’est plus dans le choix de la direction mais dans le muscle.

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