Le gouvernement a annoncé hier la nationalisation de fait de STX France, les Chantiers de l’Atlantique. Que pensez-vous de cette décision ?

Le président E. Macron lors de la cérémonie de livraison et changement de pavillon du paquebot MSC Meraviglia construit aux chantiers STX de l' Atlantique de Saint Nazaire (mai 2017)
Le président E. Macron lors de la cérémonie de livraison et changement de pavillon du paquebot MSC Meraviglia construit aux chantiers STX de l' Atlantique de Saint Nazaire (mai 2017) © Maxppp / Franck Dubray

Au fond, c’est une idée étrange, et même un peu baroque. De nos jours, quand l’Etat entre au capital d’une entreprise, c’est pour la sauver. C’est qui s’est passé avec Peugeot-Citroen en 2013, ou Alstom en 2004. Les Américains ont fait exactement la même chose avec leur constructeur automobile General Motors en 2009. Mais il n’y a absolument pas besoin de sauver STX qui va très bien, merci, avec un carnet de commandes rempli pour dix ans. Il peut bien sûr y avoir d’autres raisons de nationaliser une entreprise. Au siècle dernier, on l’a fait pour des raisons idéologiques. En 1982, sous François Mitterrand, l’Etat a acheté les banques pour lutter contre le grand méchant capital. On l’a aussi fait pour des motifs économiques. Le préambule de la Constitution de 1946 stipule ainsi que « Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. » Mais rien de tout ça ne vaut pour STX.

Pourquoi, alors, cette décision ?

Je laisserai votre invité expliquer le caractère stratégique d’un constructeur de navires de croisière, invoqué hier pour justifier cette opération. Ce qui me fascine dans cette histoire, c’est le rôle du président de la République, qui connaît bien le dossier et qui a manifestement pris la décision. Car il y a en réalité deux Macron. Le Macron Rothschild, l’ancien banquier d’affaires qui a orchestré des cessions d’activités en jouant à saute-frontières, et qui est parfaitement à l’aise dans les milieux internationaux, avec les présidents russe et américain comme avec les chanteurs Bono ou Rihanna. Et puis il y a le Macron Jeanne d’Arc. Ce n’est pas un hasard si le président avait consacré l’un de ses premiers grands discours politiques à la Pucelle d’Orléans ; il est comme elle obsédé par la souveraineté nationale, habité même par une conception transcendante de la France. C’est ce Macron Jeanne d’Arc que l’on a vu aller au Mali, se défaire brutalement de son chef d’état-major, ou empêcher les Italiens de Fincantieri d’avoir la majorité de STX. Comme il l’avait déjà montré avec Renault quand il était ministre de l’Economie, le président croit à l'utilité de l’Etat dans l'actionnariat des entreprises privées. Cette route peut être attractive, mais elle a été jusqu’à présent jalonnée par beaucoup plus d’échecs que de réussites.

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