Retour sur la conférence de presse qu’a tenue Nicolas Sarkozy hier sur le Grand Emprunt et les investissements d’avenir.Cette conférence a laissé sur le moment une impression un peu bizarre. C’était une conférence sérieuse, technique, sans « scoop », et au fond peu politique puisque le chef de l’Etat n’a répondu qu’aux questions économiques. Voilà pour l’apparence. Si on réfléchit, pourtant, la réalité est différente : il faut distinguer le texte, le contenu, et le contexte, l’objectif politique. D’abord, le contenu. Je trouve que le désintérêt poli de certains confrères est étrange. En France, le débat s’enflamme sur des sujets à 100 millions d’euros, économies ou dépenses ; là, avec le plan d’investissement, il s’agit de 35 milliards – même si tout n’est pas en cash (loin de là). Cela fait beaucoup d’argent pour les universités, la recherche, les laboratoires. Il faudrait citer les projets Jules Verne (sur les matériaux composites), Robotex (la robotique), Lyric (les pathologies cardiaques), sur les satellites du futur, les nouvelles hydroliennes etc etc. Il y en a des dizaines d’autres et les fameux pôles d’enseignement supérieur. Il y a donc du contenu.- Et le contexte, l’objectif réel de cette conférence de presse ?Le premier objectif de Nicolas Sarkozy est, bien sûr, de faire savoir qu’il travaille jusqu’au bout pendant que ses futurs concurrents s’agitent. C’est aussi que les Français n’oublient pas la crise et n’oublient pas qu’il a plutôt bien géré cette période –ce qui est vrai. Au fond, la crainte de l’Elysée, c’est que la crise la plus grave depuis 1929 soit passée par pertes et profits. Le message est : oui, cette crise a pesé, a changé tout le quinquennat, et elle explique les renoncements. Comme tout paradoxe, c’est compliqué ! Autre objectif, mettre en avant, dans le bilan quelques grandes réformes. En 2007-2008, la stratégie était d’ouvrir le maximum de chantiers pour qu’un certain nombre aboutissent. Aujourd’hui, c’est de dire "il y a au moins deux marqueurs depuis 2007 : les retraites et la préparation de l’avenir". - Ça, c’est économique. Et sur le plan politique ?Nicolas Sarkozy met en garde contre le risque que ferait peser le projet socialiste (45 milliards d’euros) sur la dette publique. Là aussi, ce discours est compliqué quand il annonce un emprunt. Mais il va contraindre le PS à clarifier sa position, flou, sur les déficits. Et il a l’avantage de mettre la dette au cœur du débat. Au-delà, le message implicite est que la gauche ne sait pas naviguer par gros temps. Son analyse est que les Français ont peur. Depuis trois ans, on leur a dit que les banques et les Etats allaient faire faillite, que les centrales nucléaires allaient exploser, qu’ils ne peuvent plus partir en vacances au Maghreb, et ils voient la guerre en Libye. Le pari élyséen est que sera élu le candidat le plus rassurant, pas le plus populaire. - La stratégie des deux camps est donc fixée ?Le candidat socialiste dira que la meilleure promesse d'une alternative, d'une autre politique, c’est l’alternance. Nicolas Sarkozy dit déjà que son bilan, faussé par la crise, n'est pas tout à fait le sien. Et qu’il peut lui aussi encore, même sans alternance, incarner une alternative en démentant la malédiction des équipes sortantes.

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