En trois minutes chrono, l’état des lieux avant le Conseil européen.

Un Conseil où un risque d’échec existe. Plutôt que de lancer un appel vibrant à la sagesse des dirigeants ou un appel sur le mode du « yaka » – un travers journalistique -, on peut essayer de décrire la situation. Quelle est-elle ? Elle a changé. La croissance devait être le sujet central, ce sera une fois de plus la confiance, pour refroidir des taux d’intérêt italiens et espagnols qui crèvent le plafond. Car que s’est-il passé ? En début d’année, le ciel s’était éclairci parce que la Banque centrale européenne avait déversé un seau d’eau à 1.000 milliards d’euros. Mais le pompier BCE n’en peut plus tandis que les 100 milliards d’aides annoncés pour Madrid ont plus inquiété que rassuré. Voilà où on en est.

Quel sera l’ordre du jour à Bruxelles ?

On parlera 1 - de croissance. La France a obtenu une enveloppe pour des grands projets. Ce sont des prêts, des co-financements, de l’argent qui existe en partie déjà, mais Paris le vante comme une prise de guerre. Et politiquement, c’est vrai. Ca, c’est réglé . 2 - On parlera d’union bancaire et d’intégration. C’est un sujet clé sur lequel il y aura une feuille de route de moyen terme. Quand une banque est en difficulté, les autres Européens l’aideraient. Qui, comment, c’est le débat. Les Allemands freinent, mais ça avance . Enfin, 3 - on parlera, donc, des moyens de calmer les marchés. Là, ça bloque. Le dîner Hollande-Merkel comme tout le travail de Pierre Moscovici à Bercy tourne autour de cela. On peut tourner autour du pot, mais il s’agit bien d’assumer collectivement la dette espagnole ou italienne. Le paradoxe est que les Français comprennent mieux les marchés que les Allemands, qui raisonnent en juristes, mais que c’est Hollande (il l’a vite oublié) qui a déclaré la guerre à la finance !

Sur le plan politique, maintenant, où en est-on ?

Si accouchement il y a, il sera dans la douleur et avec des forceps. Angela Merkel a laissé François Hollande empocher un paquet croissance ; lui a dû reculer sur les euro-obligations. Chacun va brandir un scalp à son opinion publique. Mais après, quoi ? En fait, Merkel est énervée. Pourquoi ? Berlin ne veut pas payer éternellement pour des Français qui rêvent de la retraite à 60 ans, des Espagnols qui gèrent mal leurs banques et des Italiens surendettés. Il faut donc, pour l’Allemagne, qu’une instance européenne empêche les sorties de route. Le président français, lui, a joué sur sa légitimité toute fraîche pour déstabiliser sa partenaire, avec une certaine brutalité. Sa conviction : ce qui a été fait jusqu’à présent ne marche pas – c’est vrai. Et il ne veut pas (et il n’est pas le seul) que l’Allemagne ait non seulement les clés du coffre mais le volant de l’économie européenne, en imposant son modèle, qui marche, mais qui est unique et austère.

Qui a raison ?

Les deux. Mais chacun doit faire un pas : Merkel sur les urgences ; Hollande sur le long terme. C’est possible. C’est souhaitable. Ce n’est pas certain.

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