L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ____ Le conseil d’administration de la SNCF a adopté hier un plan d’économies pour résister à la crise. Après l’automobile et Air France KLM, c’est la troisième victime de la crise dans le secteur des transports. Et oui, elle traverse aussi une mauvaise passe. Les Français voyagent moins, en tous cas dépensent moins, et le transport de marchandises s’est effondré. Juste un exemple concret. Jamais il n’y avait eu, à la fin d’un mois de mai, aussi peu de réservations pour l’été. Les clients s’y prendront au dernier moment. Cela a des conséquences sur le chiffre d’affaires qui baissera de plus d’un milliard d’euros, sur 25, cette année. Du coup, la SNCF a adopté des économies à hauteur de 280 millions d’euros pour ne pas plonger ses comptes dans le rouge. Les salariés ne pourront pas reporter des congés sur 2010, il y aura mille embauches de moins que prévu, les hausses de salaire seront limitées, le train de vie général réduit. Les activités sont toutes égales devant la crise, mais certaines sont plus inégales que d’autres. Les TGV sont la vitrine et la vache à lait de l’entreprise. Eh bien, même là, l’argent rentre moins. Les clients passent de première en seconde, les cadres travaillent par téléphone et les familles trouvent les billets trop chers. Deuxième activité, le trafic de banlieue parisienne et des TER en province. Il continue de progresser mais manque de chance, ce sont les collectivités locales qui paient, et la SNCF perd de l’argent. Enfin, il y a l’activité Fret, le transport de marchandises, et là, c’est la catastrophe absolue. Sur le rail, les recettes ont fondu de presque un tiers. La branche pourrait perdre à elle seule 600 millions d’euros. Donc, la situation n’est pas dramatique, la SNCF est une superbe réussite commerciale, les Etats-Unis vont peut-être nous acheter le TGV, mais il y a clairement une activité qui prend l’eau. Quelle est la stratégie de Guillaume Pépy, le patron de la SNCF ? C’était celle de la croissance TGV du chiffre d’affaires : à oublier ! Le plan d’hier est une première réponse, très équilibrée entre un zeste de rigueur et le souci de ne pas provoquer les syndicats. Un souci qui l’a d’ailleurs conduit à maintenir les tarifs avantageux mais historiques pour les cheminots et leurs familles, qui occupent une place sur quinze dans les trains. Alors, un plan nécessaire ? Oui, pour passer 2009. Suffisant pour l’avenir ? Non. Sans cesse reportée, la réforme du fret a englouti 3 milliards d’euros en cinq ans sans résultat. Certaines activités ne seront jamais rentables, notamment à cause du temps de conduite très réduit des conducteurs. Y a-t-il une solution ? Des décisions sont prévues en juin. Chacun doit prendre ses responsabilités. La paix sociale, oui. Mais l’entreprise et l’Etat, qui se sont montrés généreux sur les retraites des cheminots, ne doivent pas oublier que le client, qui attend de nouveaux investissements, et le contribuable, parce que les subventions sont déjà considérables, doit lui aussi y trouver son compte. C’est une affaire de donnant-donnant mais il est clair que l’heure de vérité approche pour Guillaume Pépy.

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