Sur les impôts, le gouvernement va prendre une décision plus tôt que prévu et dans un domaine auquel il ne s’attendait peut-être pas.

Oui, cela concerne les prix du tabac. Il y a près d’un an, le premier plan de rigueur de Nicolas Sarkozy et François Fillon avait décidé deux hausses des prix des cigarettes : l’une en octobre dernier (+ 6%), qui a eu lieu et a porté les paquets à plus de 6 euros, et une autre (hausse) cet été, maintenant. La date n’avait pas été fixée et annoncée, mais les recettes, elles, ont bien été comptabilisées dans le budget 2012. Si l’Etat ne confirme pas ce qui est prévu, il perdra des centaines de millions d’euros. C’est donc au gouvernement Ayrault d’appliquer ou de renoncer à cette hausse qui serait ainsi la première du quinquennat.

Et on en saura plus cette semaine...

Jeudi, il y a la journée mondiale sans tabac placée sous la bannière de l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé. Marisol Touraine, la nouvelle ministre de la Santé, sera forcément interrogée. Vous avez, d’un côté, la Ligue contre le cancer, qui, au nom des 60.000 morts par an du tabac, milite pour de nouvelles hausses ; de l’autre les professionnels du tabac et les buralistes qui disent : ça suffit, les prix ont augmenté chaque année depuis 2008. Une chose est sûre : avec 29% de fumeurs quotidiens, la France est un mauvais élève en Europe, 20ème rang sur 27, et même 25ème rang pour les femmes.

Sur le plan économique, que peut-on dire ?

C’est la grande question de l’élasticité de la consommation par rapport aux prix. Quand on augmente les prix, les achats de cigarettes doivent baisser. C’est le cas, on l’a vu en 2003-2004. Mais depuis, en dépit de prix élevés, cette consommation reste forte. Car en réalité les fumeurs s’adaptent vite. On achète moins de cigarettes, mais plus de tabac à rouler, moins cher. Ce tabac à rouler représente maintenant 12% de la consommation, un record. Ensuite et surtout, les achats transfrontaliers augmentent beaucoup, en Belgique, en Espagne. Un peu plus d’une cigarette sur cinq fumée en France a été achetée à l’étranger, là où les taxes sont moins élevées. C’est pour cela que la baisse de 2,5% depuis le début de l’année des ventes de cigarettes chez les buralistes français est difficile à interpréter. Je ne résiste pas à l’envie de citer un chiffre : la consommation totale de cigarettes des fumeurs français est estimée à 69.000 tonnes par an, sept tours Eiffel !

Quelles conclusions ?

Deux. On se dit que si l’harmonisation fiscale en Europe devait commencer par un sujet, ce serait le tabac. Avoir une politique de santé commune, qui passerait par une taxation unique, et donc des prix uniques, serait logique et facile. Seconde réflexion. Le programme de François Hollande - pas plus que celui de Nicolas Sarkozy d’ailleurs - (ce programme) ne dit pas un mot sur le tabac, pas plus qu’il n’évoque un autre grand sujet de société, la sécurité routière. Serait-ce parce que le risque d’impopularité est grand ? On n’ose pas l’imaginer !

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