L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Une question ce matin : le Club Med va-t-il passer sous pavillon chinois ?

Les Bronzés passent-ils à l’Est ? Ce qui est sûr, c’est que le Club Med sera désormais franco-chinois. L’entreprise a en effet annoncé son intention de quitter la Bourse et de réorganiser son capital. Le résultat devrait être que le Club Med aura deux grands actionnaires, avec chacun 46% : l’assureur français Axa et le conglomérat chinois Fosun. Les dirigeants, eux, auront le reste, 8%. A ma connaissance, c’est la première fois qu’un groupe chinois a une participation aussi importante dans une entreprise française, une marque, qui a une renommée aussi importante. C’est donc intéressant et important. Et, vous allez voir, à plusieurs titres.

Alors, il faut apporter tout de suite une précision : il s’agit d’une opération amicale…

La précision est utile, oui : il ne s’agit pas d’une OPA hostile ; c’est le patron du Club Med qui a organisé l’opération. Le patron, c’est Henri Giscard d’Estaing, qui est à la tête de l’entreprise depuis dix ans maintenant. Henri Giscard d’Estaing, HGE, le fils de – comme on dit. Le groupe chinois est déjà au capital depuis quelques années, dans des petites proportions. L’objectif, en réalité, est double : sortir de la cote, quitter la Bourse, cela permet d’abord de ne plus être esclave des résultats et des comptes trimestriels, de retrouver du temps ; l’objectif est aussi d’accélérer l’internationalisation du groupe.

Car cette internationalisation est nécessaire ?

Oui. Le Club Med, c’est une superbe marque, qui a plus de soixante ans d’existence, mais qui a eu des hauts et des bas. Elle a été longtemps associée au tourisme de masse (les Bronzés) mais elle dû mener depuis dix ans une reconversion vers les produits, les séjours, à valeur ajoutée - quatre ou cinq Tridents -, avec une clientèle plus aisée et familiale. Le Club, ce sont 80 villages, 1,3 million de clients et, naturellement, l’envie de se développer là où le tourisme grimpe, en Asie. On salive tous les jours sur le million de chinois qui viennent en France chaque année, mais les Chinois restent aussi en Chine ! Actuellement, il y a deux villages Club Med dans l’Empire du Milieu, l’idée est de monter à cinq, avec, donc, un partenaire chinois et une cible de 200.000 clients là-bas d’ici deux ans.

C’est donc une bonne idée, selon vous ?

Henri Giscard d’Estaing assure que la marque restera française. On verra si le fonds d’investissement d’Axa restera longtemps au capital. Au-delà, l’idée que des entreprises françaises s’associent à des partenaires de pays émergents (cette idée) a de l’avenir. Heureusement, il n’y a eu aucun politique hier pour vouloir faire du tourisme un enjeu stratégique – comme Dailymotion. Aujourd’hui, les grandes alliances – comme celle de Renault avec Nissan, on la mentionne puisque Carlos Ghosn sera l'invité de France Inter à 8H20 – concernent des pays développés. Demain, il n’y aucune raison pour que des alliances ne se fassent pas avec des Brésiliens, des Mexicains, des Indonésiens, si cela permet un accès à des marchés prometteurs. Puisque l’on parle d’automobile, il ne serait pas aberrant que le groupe PSA, par exemple, y réfléchisse activement.

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