Dominique Seux commente ce matin les chiffres de la construction de logements en France. Des chiffres qui sont hélas désastreux.

Désastreux c’est le mot. C’est le ministère du Logement qui a publié hier ces éléments déprimants. Sur les trois derniers mois jusqu’à la fin avril, les démarrages de chantiers de logements neufs, - pour parler clair d’immeubles ou de maisons - ainsi que les rénovations ont marqué un recul de plus de 20% par rapport à la même période de 2013. On ne va pas donner beaucoup d’autres statistiques, mais cela veut dire que nous sommes sur un rythme annuel d’environ 300.000 constructions au grand grand maximum. Alors que l’objectif du gouvernement comme de ceux qui l’ont précédé, est de 500.000 logements neufs par an ! C’est ce qui serait nécessaire pour loger convenablement les Français et faire baisser les prix. Vous voyez l’écart, qui n’a jamais été aussi grand depuis dix ans. La première conclusion à tirer est que Cécile Duflot, l’ex-ministre du Logement, est partie au bon moment parce que son bilan est catastrophique. On va voir que c’est un peu plus compliqué.

Alors comment peut s’expliquer cette panne du logement ?

Il y a des raisons anciennes et nouvelles. Les anciennes, c’est le fait qu’il n’y a pas assez de terrains constructibles disponibles, que les élus locaux sont souvent réticents à construire. Les raisons anciennes, encore, c’est l’alourdissement continu des coûts de construction, un quasi-doublement en dix ans, à cause de la multiplication des contraintes plus ou moins logiques. Parlez à des professionnels de la RT 2012, vous en entendrez de belles, sur les normes d’isolation ou d’ascenseurs par exemple ! Une autre norme que j’aime bien : la norme NF C 15 100, qui exige qu’il y ait une prise télévision / ordinateur Ethernet dans chaque pièce d’un logement neuf, y compris initialement dans la cuisine ! Les raisons nouvelles, c’est la conjoncture, le chômage, l’incertitude générale, il y a moins d’acheteurs. Mais c’est aussi que Cécile Duflot est entrée dans son ministère avec une conviction : c’est d’abord de la justice qu’il faut remettre dans le système, et cela a été l’encadrement et la garantie des loyers. Elle a eu raison de revoir des dispositifs fiscaux qui coûtaient les yeux de la tête – mais elle a surtout affolé les propriétaires et les investisseurs.

Cela étant, la patronne des Verts a quand même mis en place de bonnes mesures.

Il y a l’anecdotique : il a été décidé que l’Etat libérerait des terrains pour construire des logements sociaux. Deux ans plus tard, six opérations ont été réalisées ! Ridicule. Plus sérieusement, sa loi ALUR de février a commencé à réformer les règles d’urbanisme pour dessaisir les maires du plan local d’urbanisme au profit des intercommunalités. Un maire pourra moins dire non à un projet immobilier par crainte de ses électeurs. Et Cécile Duflot a aussi lancé une vaste opération de simplification des règles que Sylvia Pinel, qui lui succède, va concrétiser en juin avec 50 mesures très concrètes. A moyen terme, Cécile Duflot a pris des décisions structurelles qui seront peut-être utiles. Mais à court terme, si on regarde la panne du logement, la situation est affligeante.

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