Le projet proposé par John Elkann à Jean-Dominique Senard s'est construit dans l'urgence. Le patron de Renault ne veut pas seulement être un croyant de l'Europe, mais aussi un pratiquant. Le Tout-Paris des affaires s'interroge néanmoins sur le rapport de forces.

Le conseil d’administration de Renault a accepté officiellement hier de discuter avec le groupe Fiat-Chrysler en vue d’une fusion qui pourrait être signée dans une semaine. La Bourse applaudit  (ce n’est certes pas un critère de succès) et les gouvernements français et italiens soutiennent l’opération, qui ressemble à un coup de maître de Jean-Dominique Senard, dirigeant de Renault depuis … janvier seulement

Des rumeurs avaient couru, des discussions avaient eu lieu avec PSA,  mais c’est seulement le 10 mai que John Elkann, l’héritier du clan Agnelli qui contrôle Fiat-Chrysler, a appelé le Français pour lui proposer le deal. Les deux hommes se sont vus cinq fois, chez Senard à Paris et une fois à Milan. Ils se parlent en français, Elkann ayant fait ses études au lycée Victor-Duruy, à Paris. Le courant passe très bien entre les deux dirigeants qui ont vingt ans d’écart mais appartiennent tous deux à une certaine aristocratie européenne. 

Jean-Dominique Senard, il l'explique, a une idée en tête : construire un géant européen (nécessaire y compris pour montrer la force politique de l’Europe), avant que déferle ce qu’il appelle la vague chinoise, les constructeurs chinois qui fabriquent de bonnes voitures pour moins cher. Il sait de quoi il parle : il a vu chez Michelin ce qui s’est passé dans l’univers du pneumatique. 

En 20 ans, dans l’automobile, la part des quatre plus grands mondiaux du secteur est passée de 66 à 33%, donc là aussi çà bouge vite. 

Depuis le début, Bercy est dans la boucle du projet avec Fiat, mais le président de Renault en a touché un mot à Emmanuel Macron lui-même le 17 mai, en marge d’une remise de légion d’honneur à l’Elysée.  

Mais il y a aussi UNE question clé sur ce deal. 

La question est simple, la réponse l’est moins. La famille Agnelli va-t-elle mettre la main sur Renault parce que c’est elle qui aura 15% du capital, contre 7,5% pour l’Etat français et autant pour Nissan ? John Elkann, grande allure et charme indiscutable, petit-fils de Gianni Agnelli, contrôle aujourd’hui un groupe qui va mal, est-ce lui qui sortira gagnant en montant dans le bateau Renault ? 

Bruno Le maire, le ministre de l'économie, soutient l'opération mais à Bercy même et en coulisses, certaines voix s’inquiètent. Deux anciens dirigeants de Renault et PSA à qui j’ai parlé jugent que c’est de la folie, dans les mariages entre égaux, il y en a un qui est toujours plus égal que l’autre. 

Mais l'équipe Sénard rétorque non sans raison que l’Alliance avec Nissan avait soulevé les mêmes critiques il y a vingt ans et sans doute Airbus aussi.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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