Le confinement a fait perdre 200 milliards d'euros au pays et conduit plus d'un million de personnes à Pôle Emploi. Le bilan sanitaire en valait-il le coup ? Plutôt que le débat oiseux sur le prix de chaque vie épargnée, c'est la solidarité des plus jeunes qui doit être saluée. Elle doit être payée de retour.

Billet d’un dollar revue et corrigé par un graphiste pendant le coronavirus
Billet d’un dollar revue et corrigé par un graphiste pendant le coronavirus © Getty / narvikk

Edouard Philippe va donc annoncer aujourd’hui l’acte 2 du déconfinement : c’est l’occasion de faire un point à la fin de la première phase de l’épidémie - en espérant bien sûr qu’il n’y en aura pas d’autre. 

Nous sommes 100 jours après le premier décès lié au virus en France, c’était mi-février, c’était il y a un siècle. 

Première question : où en est l’économie ? 

Bonne nouvelle : elle repart. Mauvaise nouvelle : elle est descendue très bas, il faut donc du muscle pour remonter la pente. Par rapport à la normale, l’activité a perdu 35% en avril, l’Insee pense qu’elle va perdre 25% en mai et 14% en juin. 

Cela va donc vers le mieux, notamment la consommation, mais au total, ce sont 200 milliards d’euros de richesses qui ne seront pas produites, et évidemment, les conséquences sur l’emploi et les risques de faillites sont nombreuses : Camaïeu, Naf Naf, Conforama, André, La Halle, Alinea, d’autres sont déjà sur la sellette et ce n’est qu’un début. 

Plus d'un million de chômeurs sont arrivés à Pôle Emploi en trois mois. Sans oublier l’inquiétude pour l’emploi des jeunes à la rentrée. 

La seconde question est extrêmement délicate : quand on voit ces dégâts économiques, était-il justifié d’arrêter autant le pays au regard du bilan sanitaire ? 

Hier soir, le Covid 19 avait fait 28.600 victimes – dont 333 de moins de 50 ans et 1.171 de moins de 60 ans. (4% du total). 88% des victimes létales avaient plus de 70 ans. 

Le débat sur le prix de la vie auquel certains se sont livrés (200 Milliards d'euros perdus face à 100.000 vies sauvées, faites le calcul) est oiseux et moralement peu défendable.

La réponse à la question est que les plus jeunes ont fait preuve d’une solidarité phénoménale avec les plus âgés, pour les protéger. 

La réponse est aussi que la question (en a-t-on fait trop ?) a un sens limité puisqu’on ne sait pas ce qu’il se serait passé sans le confinement. On sait juste que le bilan humain serait bien plus lourd.

Mais la leçon est qu’un second confinement serait proprement insupportable pour le pays et son économie. 

S’il fallait refaire les choses à froid, le dispositif de confinement serait différent, aurait dû être différent, pour être moins violent. 

Sur le papier, on sait ce qu’il aurait fallu : une gestion régionale dès le début, plus de masques et de tests, une bureaucratie plus agile et ouverte, des organisations de travail adaptées dans les entreprises. 

Au total, plus de prudence et moins de peur. 

Mais on en convient aisément : c’est facile à dire avec le recul et devant un micro. 

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