Ce matin, une question simple et courte : cette campagne présidentielle est-elle nulle ? C’est ce que l’on entend assez souvent ces jours-ci dans la bouche d’un certain nombre de Français que l’on peut croiser ; parfois aussi dans la bouche ou sous la plume de commentateurs aiguisés. Ils disent : les sujets de fond ne sont pas abordés, les vrais enjeux sont oubliés, il n’y a que des petites phrases, il n’y a pas de vision… L’opinion doute elle aussi. Les sondages montrent que les thèmes qu’elle entend en priorité dans la campagne – la dette, les déficits, l’insécurité – ne sont pas ceux qu’elle voudrait entendre : l’emploi et le pouvoir d’achat. Voilà ce qui est ressenti.

Comment s’explique ce sentiment ?

Il y a des raisons politiques : la longueur de la campagne ; le fait aussi que les grands candidats ne sont pas à proprement parler des « nouveaux » de l’année, ils sont dans le paysage depuis un certain temps - hormis Mélenchon et Le Pen. Sans doute le fait que cette confrontation 2012 n’a pas - pas encore ? - trouvé son grand débat, sa grande controverse. En 2007, c’était l’identité nationale et le travailler plus pour gagner plus ; en 2002, la sécurité ; en 1995, la fracture sociale. En 2012, les séquences se suivent : impôts, modèle allemand, produire en France, sécurité. On zappe ! Enfin, le filtre médiatique est cruel : peu de sujets passent le tamis, en tous cas un seul à la fois.

Mais sur le fond, vous pensez que cette campagne est nulle ?

Je ne crois pas du tout. D’abord j’ai toujours entendu çà. Ensuite, elle n’est pas nulle, elle est nouvelle. Il y a des propositions économiques, sur les impôts, sur le financement des PME, sur l’école, sur l’Europe, la décentralisation. Mais ce qui est nouveau est la crainte de l’impuissance. L’opinion rêve de remèdes miracles, elle sait qu’ils n’existent pas, mais ne s’y résout pas. Le pouvoir, quel qu’il soit, n’aura pas d’argent pour agir seul en France ; le pouvoir quel qu’il soit aura peu d’alliés pour agir avec d’autres pays à l’extérieur. L’opinion, aussi, est vaccinée contre les promesses non tenues. En 1931, Paul Valéry écrivait déjà que quand ils arrivent au pouvoir, « les partis politiques retirent pour subsister ce qu’ils avaient promis pour exister ». La campagne se joue entre un François Hollande qui compte les jours en espérant ne pas faire d’erreur et un Nicolas Sarkozy, plus audacieux, mais qui ne trouve pas le levier pour le bousculer.

Pourrait-on faire mieux ?

Les observateurs ne sont pas les payeurs, donc pas de conseils faciles ; cela étant, on a le sentiment que la France, à la différence de la Suède, de l’Allemagne, de l’Italie ou de la Grande-Bretagne qui ont tous saisi à un moment ou un autre le taureau par les cornes face à une crise profonde, (on a le sentiment que la France) a envie de rafistoler plutôt que de vraiment se réformer. Qu’elle a envie, les plus riches comme les plus modestes, les partis comme les syndicats ou le patronat, de fermer les yeux. La campagne n’est pas nulle, en fait elle n’est pas assez nouvelle.

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