Les Français retirent actuellement plus d’argent de leur contrat d’assurance-vie qu’ils n’en déposent. La fin d’un âge d’or ?

Oui, la fin de l’âge d’or et cela mérite qu’on s'y intéresse de près parce que l’assurance-vie est le vrai placement préféré des Français. L’encours total des vingt-cinq millions de contrats, c’est 1.375 milliards d’euros, six fois plus que les Livrets A dont on parle tant ! Les Français utilisent l’assurance vie pour épargner en sécurité, et se constituer un capital pour leur retraite ou pour le transmettre. Et donc, oui, en octobre, on l’a appris vendredi, les primes déposées aux assureurs, aux banques ou aux mutuelles ont été moins élevées que les retraites, d’un peu plus de un milliard. Cette décollecte avait déjà été constatée en septembre et c’est la première fois depuis plus de dix ans que ce constat est fait deux mois de suite. A l’automne 2008, après la faillite de Lehman Brothers, cela n’avait pas été le cas.

Alors, question évidente : que se passe-t-il ?

Disons qu’il y a des explications classiques, et une hypothèse peut-être hasardeuse. Du côté du classique, joue la baisse du taux d’intérêt servi. Il y a eu de belles années, désormais le rendement tourne autour de 3%. C’est moins intéressant. Il y a aussi le départ progressif à la retraite des baby-boomers, qui puisent dans leur assurance-vie pour maintenir leur pouvoir d’achat. Il y a la crise, qui met en difficulté ceux qui perdent leurs emplois. Autre facteur, les banques poussent vers les livrets, qui gonflent leurs fonds propres au moment où elles en ont besoin. Enfin, l’élection présidentielle et ses conséquences sur le régime fiscal favorable de l’assurance-vie inquiètent. Voilà pour les explications classiques.

Et votre hypothèse ... hasardeuse ?

On ne la donne qu’à voix basse et avec prudence. On peut se demander quel est l’effet de la crise de la zone euro. Un tiers des fonds d’assurance vie sont investis en obligations d’Etat – 500 milliards d’euros. Or, chacun se dit : ces titres sont-ils sûrs ? Grèce, Irlande, Italie, on a le sentiment qu’il n’y a plus d’actifs financiers au-dessus de tout soupçon. Certains assurés vident-ils leurs contrats pour investir ailleurs, dans la pierre, dans l’or ? Je disais « soyons prudents » parce que la collecte nette, depuis janvier, reste quand même dans le vert. Mais cette question taraude les assureurs et les mutuelles, ils ont écrit à leurs clients pour les rassurer.

Une illustration de plus de l’urgence de la situation en Europe ?

Exactement ! Parce que l’incertitude a des conséquences concrètes, y compris sur l’épargne. Hélas, rien n’est réglé. L’Italie paie cher les premiers pas hésitants de Mario Monti en s’endettant, vendredi, à plus de 8%. Vous connaissez la formule du cardinal de Retz : on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Les dirigeants européens la suivent à la lettre depuis trois ans. Il est urgent de la démentir.

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