Ce matin : la hausse continue du chômage et les signaux envoyés aux investisseurs.

La question est celle-ci : quand le chômage avance au galop, est-ce raisonnable, sensé et efficace, de donner de la France l’image d’un pays où il est risqué d’investir ? La réponse est non. Le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de plus 200.000 en six mois et rien n’indique que la courbe va s’inverser. La logique exige une mobilisation générale des forces, gouvernementales, patronales, syndicales. Or, on ne la voit pas. Certes, François Hollande a dit banco pour la baisse du coût du travail et le dispositif, que l’on connaît depuis hier, est clair. Mais quelques exemples récents, connus ou pas, montrent que le climat reste peu propice aux investissements.

Premier exemple : Arkema.

On a oublié cette histoire. L’ex-filiale chimique de Total, gros employeur, voulait investir 70 millions d’euros dans son usine de Lyon, pour la moderniser et augmenter de moitié la production de Kynar, un produit utilisé dans les panneaux photovoltaïques. Il devait y avoir une réorganisation du travail et la CGT a bloqué l’usine pendant trois semaines. Dégouttée, Arkema a jeté l’éponge il y a dix jours et retiré l’investissement. On en est toujours là. Bravo ! Bel exemple de blocage.

Second exemple : Alcatel-Lucent.

Chaque jour, Alcatel-Lucent devient un peu plus l’américain Lucent, un peu moins le français Alcatel. La fusion des deux opérateurs télécoms géants a six ans. Eh bien, on a appris hier que plusieurs dirigeants importants, le directeur financier, celui des réseaux, allaient quitter la France pour les Etats-Unis, où vit déjà le président du conseil, Philippe Camus et où sont les centres de recherche. Alors : rien à voir avec les impôts et la fameuse taxe de 75% sur les hauts revenus. Le groupe va aux Etats-Unis, où sont ses principaux clients. Le responsable, c’est le climat économique. Mauvaise nouvelle en tous cas !

Troisième exemple : Arcelor-Mittal.

Du bras de fer sur Florange, il sortira d’ici trois jours, ou une cession à l’amiable de la totalité du site par Mittal, ou une nationalisation forcée. Quoi qu’il en soit, la violence des propos laissera des traces. Dans le monde entier, on sait désormais qu’en France, l’Etat peut couper un bras d’une entreprise qui ne veut pas lui céder ce qui l’intéresse. Mittal a des torts, l’Etat doit être ferme, mais le ton a été une fois de plus excessif. Arnaud Montebourg reste persuadé qu’il a mis en condition l’industriel pour négocier. On verra. Une chose est déjà certaine : Mittal n’investira plus beaucoup ou du tout en France.

Trois exemples de tensions : quelles leçons ?

On pourrait parler du ton utilisé envers PSA cet été (qualifié alors de « malade imaginaire », on a vu ce qu’il en était) ou Sanofi. L’annonce, lundi, que le géant Amazon va créer 2.500 emplois dans le Nord ne suffit pas à rassurer sur la France. Car, au fond, qu’est-ce que l’économie ? Du travail, du capital et de la confiance. Et donc, oui, la ligne blanche a été franchie. Si autant d’énergie était consacrée à séduire qu’à punir, ce serait bien.

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