Stop et encore : c'est la ligne directrice médiane choisie par Emmanuel Macron sur le nucléaire. L'atome est appelé à décroître, mais très progressivement, parce que la priorité est la lutte contre le réchauffement. Peut-être trop pour muscler vraiment la filière renouvelable.

La centrale de Belleville-sur-Loire dans le Cher
La centrale de Belleville-sur-Loire dans le Cher © Getty / Feifei Cui-Paoluzzo

C’est une voie médiane qu’a choisie Emmanuel Macron, avec une diminution très progressive de la part du nucléaire dans la production d’électricité. 

Il n’y a pas le changement brutal de modèle espéré par les ONG, qui aurait sans doute des conséquences négatives sur le plan économique (le nucléaire actuel n'est pas cher), énergétique (une alimentation stable) et écologique (l'atome est vert hormis les déchets). 

Mais le camp nucléaire et EDF doivent aussi avaler (un peu) leur chapeau. L’Etat ne dit pas OK pour lancer des nouveaux EPR, pour l’instant (ou pour toujours) coûteux et incertains. 

C’est raisonnable, même si une des ficelles est un peu grosse – on va y revenir. Vous voyez, c’est un édito très balancé. Concrètement, François Hollande et Ségolène Royal avaient promis, en 2016, la diminution de 72 à 50% de la part du nucléaire d’ici 2025. Mais ils ne s’en étaient pas donnés les moyens : Fessenheim n’a pas fermé et il aurait fallu débrancher 12 réacteurs en cinq-six ans. Impossible. 

Du coup, la nouvelle échéance est 2035, avec la fermeture de 14 réacteurs. Sous réserve que les autorités de sureté valident la sécurité des réacteurs, l’idée est de les user au maximum (on n’ose pas dire jusqu’à la corde), parce qu’ils sont amortis et que l’électricité qui en sort est peu chère. 

L'idée c’est aussi de ne pas faire comme l’Allemagne qui a remplacé ses centrales par des renouvelables, mais conserve énormément d’énergies fossiles pour alimenter le réseau en continu, ce que l’on appelle la base ou le pilotable. 

Hier à 20 heures, la production électrique française dégageait cinq fois moins de CO2 qu’en Allemagne et sept fois moins qu’en Pologne. Par habitant, la France émet moins de CO2 que ses grands voisins. 

Mais il y a, on le disait, une ficelle. 

Un basculement vers les renouvelables est souhaitable. Mais il faut que ce basculement ne démarre pas trop tard, pour pousser les renouvelables et parce que le parc nucléaire ne pourra pas être arrêté d’un bloc. 

Que Fessenheim soit la seule centrale stoppée d’ici 2022 est compréhensible puisque 4 centrales à charbon seront aussi débranchées. 

Mais rien de certain n’est a priori prévu ensuite jusqu’en… 2027. Deux fermetures sont certes évoquées pour 2025 et 2026, si les Allemands font un effort sur le charbon, dit-on. 

En clair, et c’est l’habilité ou la ficelle un peu politique, l’actuel président ne prend aucun engagement pour le prochain quinquennat. Ce qui lui permet de voir venir.

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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