Les Français sont le peuple qui a la durée de vie après le vie professionnelle la plus longue de tous les pays développés, nous confirme l'OCDE. Ce n'est bien sûr pas un problème en soi, à condition d'en avoir conscience et de savoir que ce sont les actifs qui en paient le prix.

Senior sur un banc
Senior sur un banc © Getty / Runstudio

"Nous et les autres" : c’est le constat qui s’impose à lire le panorama annuel publié hier sur les retraites par l’OCDE, l’Organisme d’études économiques des pays développés. Ce comparatif fait 221 pages, avec une centaine de graphiques et tableaux, mais je supplie instamment les auditeurs de ne pas avoir peur : je n’en évoquerai qu’un seul, on le trouve page 181 ou en ligne - on a les soirées que l’on peut. 

Que montre ce tableau ?

Que la France est, reste, et d’assez loin, le pays où le temps passé à la retraite une fois que l’on quitte le marché du travail et jusqu’à hélas l’inévitable décès, ce temps est LE plus long de tous les pays industrialisés

Ce temps à la retraite est de presque 23 ans pour les hommes et de 27 ans pour les femmes - on arrondit à 25 ans en moyenne donc, même si cette moyenne-là est bien frustre. C’est environ CINQ ans de plus que la MOYENNE des autres pays. Pour l’anecdote, en Corée les hommes vivent 13 ans en retraite - NDLR : dommage que l'OCDE ne mette en ligne qu'un tableau, moins frappant que le graphique figurant sur son doc PDF seulement accessible à la demande. 

Notre pays se singularise ailleurs aussi : un taux de pauvreté des retraités plus faible, et un niveau de la pension par rapport au dernier salaire plus élevé

Qu’inspire ce temps à la retraite record ? 

Il s'explique par une sortie de l’emploi plus précoce qu’ailleurs (avec un âge de la retraite plus bas qu’ailleurs et très dispersé - régimes spéciaux), et par un chômage des seniors plus haut. Alors, disons-le clairement : il n’y aucune raison de principe de toujours s’aligner par le bas, et être différent par le haut n’est bien sûr pas un problème a priori

A partir de là, la question posée est double : pourquoi ne nous rendons-nous pas compte de cet avantage français, qui est réel et pas une fake news inventée par les ultra-libéraux ? Pourquoi ? Je ne sais pas. 

Et comment est financée cette durée hors-norme ? Si c’est un choix de société, il faut avoir conscience que ce sont les actifs qui en supportent le coût. "Quand je me regarde je m’inquiète, quand je me compare, je me rassure", philosophait paraît-il Talleyrand. Il avait tort. 

Ici et maintenant où en est-on ? Le gouvernement a clarifié un point hier, et se montre moins droit dans ses bottes que quelques jours auparavant - après avoir évoqué de lui-même en octobre la clause du grand-père, il est décidément difficile à suivre.

Jusqu’à présent, le gouvernement envisageait que sa réforme s’applique seulement à ceux qui ont moins de 57 ans aujourd’hui (génération 63). Ce sera, c’est certain désormais, les moins de 52 voire de 47 ans (génération 68 ou 73). 

Cela diminuera-t-il le nombre de mécontents ? C’est le pari. On verra.

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