L’édito éco par Jean-Marc Vittori, du journal « Les Echos ». ____L'euro vaut ce matin 1,23 dollar, pour la première fois depuis deux ans et demi. C'est une bonne nouvelle, mais pas pour tout le monde. C'est bon pour les industriels européens, qui avaient du mal à préserver leurs marges ou même leurs marchés à l'exportation avec l'envolée de l'euro. Quand notre monnaie montait, le patron d'Airbus n'arrêtait pas de se lamenter, en expliquant qu'une hausse de l'euro de 10 cents, c'était 1 milliard de profits en moins. Eh bien, ça joue aussi dans l'autre sens. Et là, l'euro a perdu plus de 30 cents en moins de trois mois, un mouvement d'une ampleur sans précédent. Hier, un club de patrons européens jugeait d'ailleurs positive la glissade de l'euro. Si le dollar monte, nous allons payer plus cher notre pétrole. Voyez comme pour une fois le monde est bien fait : le pétrole descend plus vite que le dollar ne monte ! Il y a trois mois, l'euro permettait d'acheter 1,60 dollar, mais le baril coûtait 150 dollars, ce qui faisait à peu près 90 euros. Maintenant, le baril vaut à peine 60 dollars, soit moins de 50 euros. Du coup, nous payons notre essence moins cher que pendant les vacances. Le litre de gazole vaut 1,17 euros contre 1,45 euros en mai dernier - ça va redonner un peu de pouvoir d'achat aux automobilistes. Et ça n'est pas fini. Les prix de bien d'autres matières premières comme l'or ou le cuivre sont à la baisse. Les acheteurs sont moins nombreux et beaucoup d’investisseurs qui étaient venus chercher des profits faciles partent aujourd'hui en courant. Cette fuite des spéculateurs n'explique pas pour autant la chute de l'euro. Si la baisse de l'euro est une bonne nouvelle pour nos exportateurs, elle traduit aussi notre mauvaise santé économique. Les industriels allemands broient du noir, comme le montrait l'enquête de l'institut IFO publié hier, et Jean-Claude Trichet a expliqué que la banque centrale européenne pourrait bien de nouveau abaisser ses taux d'intérêt. L'autre grande raison qui explique la baisse de l'euro, c'est... la hausse du dollar. Beaucoup d'investisseurs dénouent des positions spéculatives, un peu partout dans le monde. Et avec leur argent, ils achètent ce qui paraît le plus sûr au monde : du dollar et aussi du yen japonais ou du franc suisse. C'est ce gigantesque détricotage, pour cause de crise financière aiguë, qui fait valser les monnaies, monter le dollar et, par ricochet, baisser l'euro. Si la baisse de l'euro nous arrange, pourquoi cette inquiétude sur les mouvements de change ? Tout simplement parce que ça bouge trop vite. Le temps de la finance est trop rapide par rapport au temps de l'industrie et plus personne n'a ses repères. Chacun est tenté de poser ses valises pour voir où aller demain. Les dirigeants de la planète vont essayer de trouver des moyens de stabiliser un peu tout ça le mois prochain. Mais il est sans doute plus simple d'inventer une voiture à hydrogène que de forger un accord politique mondial sur les monnaies.

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