Par Jean-Marc Vittori

Le constructeur automobile General Motors, qui fabrique notamment les Chevrolet, les Cadillac et les Opel, va vendre cette année pour la première fois plus de voitures en Chine qu'aux Etats-Unis. Qu'est-ce qui explique cet effet de ciseaux ?

Dans une paire de ciseaux, il y a toujours deux lames. La lame qui baisse, c'est le marché automobile américain. Comme on achète souvent sa voiture à crédit et que le crédit s'est effondré aux Etats-Unis avec la crise financière, les ventes de voitures se sont elles aussi effondrées. Elles ont dégringolé de 16 millions en 2007 à 10 millions l'an dernier, et elles ont à peine remonté cette année. La lame qui monte, c'est évidemment le marché chinois. Il a bondi de moitié l'an dernier. Il devrait encore progresser de 25% cette année pour dépasser les 17 millions d'automobiles. En galopant de 10% par an, il va rester longtemps le premier marché mondial. General Motors s'est, si l'on ose dire, laissé porter par la lame puisqu'il a tout simplement réussi à maintenir sa part de marché -une voiture sur sept vendue là-bas porte l'une de ses marques. Il faut dire que la Chine automobile est largement sous la coupe des constructeurs étrangers, qui y vendent 70% des voitures. Mais ça pourrait ne pas durer. Pékin veut que cette proportion soit inversée en 2020 –70% des voitures vendues en Chine seraient alors « made in China ». Défense de douter : ce que Pékin a planifié depuis trente ans est le plus souvent devenu réalité.

Est-ce que ça veut dire que les constructeurs chinois vont demain nous inonder de leurs modèles ? Demain, sans doute pas. D'abord, les voitures chinoises ne sont pas assez solides. La vidéo où l'une d'entre elles, la Brilliance BS6, s'écrase lors d'un crash test à 60 kmh, a été regardée des centaines de milliers de fois sur Youtube. Ensuite, elles copient encore un peu trop les modèles européens, ce qui leur a valu des plaintes en justice. Et puis elles ne respectent pas nos normes écologiques. Enfin, et plus significatif, elles sont... trop chères ! Même si la main-d'œuvre coûte dix à vingt fois moins, il faut transporter les véhicules, payer des droits de douane. Ca fait monter la facture de 15 à 20% et là on est pratiquement au même prix que les modèles européens. Ce qui montre que l'avantage salarial de la Chine est relatif et non absolu. Ca ne veut pas dire que les constructeurs chinois ne sauront pas se faire une place au soleil après-demain. BYD, FAW, SAIC, Chery, Great Wall ou Geery : je suis incapable de vous dire lesquelles de ces marques émergeront, mais je suis sûr que dans dix ans au moins l'une ou deux d'entre elles nous seront aussi familières que le sont aujourd'hui le Japonais Toyota ou le Coréen Hyundai.

Et comment ça se passe pour les Français en Chine ?

Renault est absent et s'en mord les doigts. Mais heureusement son partenaire japonais Nissan y est bien implanté. Il s'apprête à lancer une marque à bas prix et pourra produire plus d'un million de voitures par an à partir de 2012. Côté Peugeot-Citroën, c'est différent. La Chine est déjà le deuxième marché du groupe PSA, derrière la France. Elle va bientôt accueillir sa plus grande usine. Les ambitions de PSA sont immenses. Au risque, toujours présent en Chine, de devoir laisser la majorité du capital aux partenaires locaux en cas de succès, comme General Motors vient d'en faire l'amère expérience.

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