La France a donc présenté hier sa réponse à Bruxelles sur le budget 2015, avec de nouvelles économies pour éviter les foudres européennes.

Par la voix de son ministre des Finances, Paris a décidé de pratiquer un exercice archi-connu en entreprise qu’on appelle le window-dressing, l’habillage des comptes. Ce matin, on hésite entre deux attitudes : dire « bravo, bien joué » et dire « on se moque du monde ». Concrètement, 3,6 milliards d’euros de nouvelles économies ou recettes sont sorties hier soir du chapeau de Michel Sapin. Près de la moitié, c’est une économie sur le coût des intérêts de la dette et sur la contribution au budget de l’Europe. Le reste, ce sont beaucoup les objectifs de la lutte contre l’évasion fiscale qui ont été remontés.

Est-ce que c’est sérieux, tout cela ?

Il y a du sérieux. Avant-hier, Bercy pensait que les taux d’intérêt pour les emprunts à dix ans de l’Etat s’élèveraient à 2,2% en 2015. Hier soir, ils étaient à 1,28% ; il y a une économie à la clé. Au passage, merci la finance ! Mais il y a aussi du moins sérieux. Les prévisions sur ce qui sera récupéré sur l’évasion fiscale, c’est du doigt mouillé – par définition ! Au total, il faut lire la réponse de Paris pour ce qu’elle est : un petit bras d’honneur et des grosses ficelles. A Bruxelles, on dit. « Vous avez une attitude de comptable, je vous donne des économies de comptable et qu’on n’en parle plus ». A la gauche, on fait un clin d’œil : ne t’inquiète pas, je ne rajoute pas une couche de rigueur.

Est-ce que cela va marcher ?

La Commission, à vingt-quatre heures de la fin de son mandat avant la commission Juncker, ne va pas rendre un avis négatif. Mais en réalité, l’Europe a gagné un point : elle a marqué son territoire. Pour la 1ère fois, Paris et Rome, qui prenaient Bruxelles de haut la semaine dernière, ont dû revoir leur copie.

Le gouvernement aurait-il pu s’éviter ce changement de pied ?

Peut-être. Curieusement, il met peu en avant l’évolution de la dépense publique. En 2013, elle a augmenté de 2% seulement, plus bas chiffre depuis longtemps et l’objectif 2014 est encore plus bas. S’il ne le fait pas, c’est que 2%, cela fait encore 25 milliards de plus par an – et qu’il a l’impression d’avoir déjà fait le maximum sur les économies – ce qu’il ne fait pas bien sûr.

Donc, pour vous, le gouvernement a trouvé des recettes dans une pochette surprise. Et il n’est pas le seul...

La SNCF est manifestement tentée de faire la même chose. La cour des comptes dénonce le coût du TGV et sa baisse de rentabilité. Eh bien, au lieu de travailler à réduire ses coûts, ce que tout le monde ferait, la SNCF envisagerait de … relever le prix de ses billets TGV, ses impôts à elle. Il fallait y penser !

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