Berlin envoie un message économique clair et net à Pékin: bas les pattes.

Pourquoi ?

C’est tout simple : les entreprises chinoises font leurs courses dans le Mittelstand, le fameux tissu des puissantes PME allemandes et les Allemands n’aiment pas ça du tout. Au printemps, le groupe d’électroménager chinois Midea a racheté Kuka, un champion mondial du robot industriel. Grosse émotion outre-Rhin. Comme par hasard, le gouvernement allemand a annulé la semaine dernière la vente d’Aixtron, un fabricant de machines qui servent à la production de puces électroniques. Et hier, il a gelé la vente d’une filiale de l’entreprise Osram, Ledvance, qui fabrique de banales ampoules électriques. Il y a évidemment de la politique là-dedans. L’homme à la manœuvre s’appelle Sigmar Gabriel. C’est le ministre de l’Economie mais aussi le président du parti de centre gauche SPD, et donc principal adversaire de la chancelière CDU Angela Merkel aux élections de l’an prochain.

La politique suffit-elle à expliquer ces réactions de Berlin ?

Non, derrière il y a un doute profond sur le modèle économique allemand. Pendant des décennies, les entreprises, souvent familiales, ont piloté leur croissance toutes seules, avec le soutien précieux des banques. Aujourd’hui, les banques sont parties dans le décor comme le montre l’exemple de la Deutsche Bank. Les entreprises ont ouvert leur capital, elles ont vendu des activités. Kuka appartenait autrefois à la famille Quandt qui possède BMW. Et Osram était la propriété d’une firme crée par une autre dynastie industrielle, Siemens. Désormais, nombre de PME allemandes sont industriellement solides mais capitalistiquement fragiles.

D’où l’offensive chinoise…

Oui, les Chinois en ont marre d’acheter des obligations américaines qui ne rapportent presque plus rien. Ils préfèrent désormais dénicher des pépites industrielles en Europe. Dans les années 1990, c’était le capitalisme anglo-saxon, avec ses OPA et ses financiers flamboyants, qui menaçait le capitalisme rhénan. Un haut fonctionnaire français qui aimait bien réfléchir, Michel Albert, en avait fait un livre publié en 1991, « Capitalisme contre capitalisme ». La menace vient aujourd’hui d’une Chine pourtant encore communiste, où il est quasiment impossible d’acheter une entreprise. Il faudra faire sauter ce verrou en Chine – ou poser des verrous en Europe.

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