Dénoncer, ça peut rapporter gros. Oui, ça choque. On vous a peut-être appris quand vous étiez petit qu’il ne fallait pas rapporter. Mais les temps changent. Aujourd’hui, l’Etat lui-même vous en supplie : Françaises, Français, mouchardez votre employeur, votre client, votre concurrent - ce fraudeur fiscal.

En cas de fraude fiscale internationale, des primes sont données aux "aviseurs"
En cas de fraude fiscale internationale, des primes sont données aux "aviseurs" © Getty / Jose A. Bernat Bacete

Si vous avez vu juste, vous toucherez le jackpot.   

Ma consœur Ingrid Feuerstein nous apprend justement que la rémunération des « indics » du fisc pourrait être déplafonnée. Cela fait l’objet d’un amendement au projet de loi de finances qui sera déposé début novembre, avec la bénédiction de Bercy. 

Petit détail amusant : il n’y a pas d’ « indics » chez les cols blancs. En matière fiscale, il n’y a que des « aviseurs ». Des gens bien avisés, car ils peuvent être rémunérés jusqu’à un million d’euros pour un bon tuyau. Mais ne vous précipitez pas pour dénoncer votre voisin, cette prime à la délation est réservée aux cas de fraude fiscale internationale

Pourquoi déplafonner ? Un million d’euros, ça ne suffit pas ?

Un million, c’est donné ! La preuve : jusqu’à présent, les deux cafteurs qui ont été récompensés ont fait rentrer 90 millions d’euros dans les caisses du Trésor public. 

En fait, le fisc est jaloux de ses homologues étrangers, qui ont eu des arguments sonnants et trébuchants pour se procurer les fameux Panama Papers, là où Bercy a dû faire appel à la coopération internationale. Souvenez-vous, il y a trois ans, cette fuite de documents a permis de pister 500 cas de français domiciliés dans un paradis fiscal. 

Il y a eu les Panama Papers, mais aussi Luxembourg, les Paradiseleaks, les OffshoreleaksOn ne compte plus les fois où les journalistes, regroupés dans un consortium international, ont mis au jour des cas d’évasion fiscale impliquant des Français. En cinq ans, la France a récupéré 372 millions d’euros en impôts et pénalités. 

Du pain béni pour Gérald Darmanin, qui veut « faire payer les fraudeurs ». Le ministre des Comptes publics se vante d’avoir fait doubler le nombre de dossiers de fraude envoyés à la justice. Il s’apprête à présent à établir une liste noire des plates-formes internet non-collaboratives. Gare à celles qui ne transmettront pas les données sur les revenus de leurs utilisateurs. Dénoncer, vous le voyez, c'est le nouveau mantra.

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