L’Insee publie ce matin des données sur le niveau de vie des Français. Avec quelques surprises et une conclusion : non, les Français ne sont pas de plus en plus pauvres !

Dans le jargon de l’Institut de la statistique, cela s’appelle une Insee Première, un document qui actualise des chiffres un peu secs. Celui-ci porte donc sur notre niveau de vie, mais vous en entendrez peu parler parce que les chiffres concernent 2008 et qu’ils sont donc un peu anciens pour notre univers journalistique où l’info(rmation) doit être (comme on dit) "fraîche" – ce qui est, je le reconnais, parfois idiot. Le niveau de vie au sens de l’Insee est le revenu total dont dispose un ménage (tous les revenus, y compris les prestations sociales mais en enlevant les impôts directs), en tenant compte du nombre de personnes de ce ménage. Une personne seule compte pour un ; deux adultes pour 1,5 unité parce que les coûts fixes baissent (le logement, la voiture…) ; une famille de deux adultes et deux enfants dont un "ado", comptent pour 2,3 unités de consommation, etc. Bref (après ce préambule), le chiffre à partir duquel chacun peut se situer est que la moitié des Français vivent avec plus de 1 580 euros par mois, la moitié avec moins. C’est le revenu médian pour une personne seule. Pour un adulte qui élève seul deux jeunes enfants, ce revenu est de 2 530 euros ; pour une famille de deux adultes et deux enfants, 3 630 euros. Alors, première surprise, qui concerne le niveau de vie.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, le niveau de vie continue d’augmenter en France. En 2008, il a progressé de près de 2 % hors inflation. Depuis cinq ans, de presque 7%. Sur dix ans, de 15%. Ce n’est pas rien, cela va à l’encontre du climat misérabiliste un peu général. Du coup, la question à se poser est de savoir pourquoi les Français ont l’impression que cela ne va pas mieux.

La réponse est claire : c’est le logement ! Les loyers et le prix des logements ont progressé nettement plus vite que les revenus. Seconde idée reçue à balayer : les inégalités de revenus n’augmentent pas. Elles n’augmentent pas, en tous cas pas de manière globale. Entre les 10% de Français qui ont le niveau de vie le plus faible et les 10% qui ont le niveau de vie revenu le plus élevé (pour être dans cette catégorie, un couple avec deux enfants doit avoir plus de 6 800 euros par mois), entre ces deux extrêmes l’écart ne bouge pas depuis 15 ans, il est de 3,4.

Pourquoi, encore, les Français ont le sentiment inverse, que les inégalités s’accroissent ?

Parce que les écarts ont explosé à l’intérieur de la catégorie des plus aisés, avec certains riches qui sont devenus très riches. En revanche, l’Insee confirme, hélas, des phénomènes connus. Près de 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, un seuil qui change chaque année, égal à 60% du revenu médian – et qui est actuellement de 948 euros par mois pour une personne seule. Les plus pauvres se recrutent (expression souvent inappropriée) dans deux catégories :

1) Les familles monoparentales, en clair les femmes qui élèvent seules des enfants : 30% d’entre elles sont pauvres.

2) Les familles avec trois enfants et plus et dont les revenus sont faibles. Ce sont ces catégories qui doivent concentrer les aides de la collectivité.

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