La grève d'hier exprime un réel mécontentement. Sur le fond, c’est un sujet explosif – et je sais que beaucoup d’enseignants écoutent France Inter, et ils ont bien raison. Ce qui est compliqué est que l’on entend deux thèses radicalement divergentes. D’un côté, Luc Chatel dit et redit qu’il y a vingt ans, il y avait 600.000 élèves de plus et 40.000 enseignants de moins qu’aujourd’hui, donc que des économies sont possibles ; de l’autre, les syndicats affirment que 65.000 postes en moins depuis 2007, trop c’est trop. Qui a raison ? Le dernier rapport de l’OCDE sur le sujet dit deux choses. 1 - Depuis quinze ans, les moyens de l’éducation ont progressé en France moins vite que dans beaucoup de pays ; 2 - il y a trois ans (il n’y a pas plus récent), ils étaient (ces moyens) quand même encore supérieurs à la moyenne des grands pays développés, surtout au lycée. Seuls la Corée et les Etats-Unis dépensaient plus. Voilà un tableau moins caricatural qu’on ne croit.

Il est clair que le lien entre les moyens et les résultats du système scolaire n’est pas totalement automatique, sinon cela se verrait plus. Mais il est clair aussi que la baisse arithmétique des effectifs, le fameux « un sur deux » mis en œuvre depuis 2007, ne peut pas aller beaucoup plus loin sans des modifications de fond, structurelles. Parce que si la France dépense plus d’argent que d’autres pays tout en ayant l’impression – du côté des enseignants et des parents – d’être plus pauvre en moyens, c’est qu’elle a certaines spécificités bien à elles.

Il y en a deux. Les statistiques de l’OCDE (toujours elles), montrent, on le sait, que dans le secondaire le nombre d’heures d’enseignement est plus faible en France qu’ailleurs. Dans le premier cycle, hors heures supplémentaires, on affiche 642 heures par an, contre 701 en moyenne – et 756 en Allemagne. Ce qui est vrai pour le secondaire ne l’est pas pour primaire, où c’est l’inverse, il y a ici beaucoup plus d’heures qu’ailleurs dans le monde. L’autre particularité concerne le nombre d’établissements. La France compte deux fois plus d’écoles primaires que l’Allemagne. La moitié d’entre elles ont moins de cinq classes, et peu d’élèves. C’est un choix de proximité, d’aménagement du territoire, mais coûteux.

On a déjà parlé de la difficile question du nombre d’écoles, de leur taille : une autre répartition permettrait d’avoir plus de postes dans les banlieues difficiles ; il y a aussi la question des options, trop nombreuses au lycée ; il y a enfin la question du nombre d’heures et l’étalement des cours, en clair le raccourcissement des vacances, couplée avec de meilleurs salaires. Une anecdote : ce sujet (le nombre de jours de cours des enseignants) est tellement tabou que la France est le seul pays – le seul ! – qui n’a pas fourni de données officielles à l’OCDE …

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