Une question toute simple ce matin : la démondialisation est-elle en marche ?

La réponse est toute simple aussi : oui, le commerce mondial des marchandises est engagé dans un tournant historique et la mondialisation de ces dernières décennies connaît un coup d’arrêt. Pourquoi le dit-on ? Hier, l’Organisation mondiale du commerce a indiqué que les échanges commerciaux entre pays, sur les mers, les routes dans les airs vont progresser cette année moins vite que la croissance mondiale. Si l’on oublie 2001 et 2009, exceptionnels à cause des attentats et de la crise financière, c’est la première fois que cela arrive depuis trente ans. Cela veut dire que le commerce recule, certes relativement, mais il recule.

Comment cela s’explique-t-il ?

D'abord, la conjoncture molle, surtout dans les pays émergents, le Brésil, la Russie. Ensuite, la Chine change de modèle. Elle exporte moins, parce qu’elle s’est équipée, parce qu’elle destine ce qui sort de ses usines un peu plus aux Chinois eux-mêmes et les Chinois consomment davantage de services. Ensuite encore, les entreprises occidentales, depuis trente ans, installaient des usines partout dans le monde pour produire au moins cher. C’est ce qu’on appelle l’allongement des chaînes de production. Une voiture comporte des pièces qui viennent de dizaines de pays. Mais les salaires ont grimpé dans ces pays, et c’est moins intéressant. Et les entreprises ont réalisé qu'elles allaient trop loin. Exemple : la sauce tomate de Carrefour, un des plus grands distributeurs français était jusqu'à il y a peu fabriquée avec des tomates chinoises. C'est fini. Enfin, les peuples contestent davantage qu'autrefois cette mondialisation.

Ce mouvement va-t-il se poursuivre ?

Sans doute. Le nombre de containers circulant dans le monde ne va grimper indéfiniment. Ce mouvement-là inquiète profondément les organisations internationales pour qui protectionnisme, nationalisme sont des mots qui résonnent avec danger. Attention aux années 30. Mais la tendance protectionniste est générale, Hillary Clinton et Donald Trump sont ainsi d’accord sur ce point. Est-ce que cela protégera nos emplois industriels ? C’est la grande question, parce que protection veut aussi dire rétorsions commerciales et hausse des prix sur certains produits.

Donc, oui, la démondialisation en marche ?

Halte là. On a parlé des échanges de marchandises, ceux qui se voient. La mondialisation, c’est aussi une mondialisation dématérialisée, des cerveaux. Les flux d’information ont été multipliés par 45 en dix ans. Et la mondialisation des personnes, elle, continue : le trafic de passagers aériens poursuit son explosion.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.