La dette publique française s’approche des 100% du produit intérieur brut.

Ce texte a été modifié pour tenir compte des éléments de l'Insee publiés depuis qu'elle a été prononcée à l'antenne.

L’Insee a annoncé ce matin que la dette publique française a atteint le niveau de 99% du PIB à la fin du deuxième trimestre 2018, après avoir franchi la barre des 100% - à 100,9%- en juin 2017. L'intégration rétroactive de la dette de la SNCF dans la dette publique -applicable maintenant- l'a fait grimper par rapport aux évaluations antérieures. 

Bref, le niveau fluctue de trimestre en trimestre (en fonction des émissions du Trésor). S'il faut rappeler que seul le chiffre annuel est envoyé à Bruxelles, il est manifeste que la France  frôle désormais les 100%. 

Qu’est-ce que cela change ? Psychologiquement, beaucoup ; politiquement Emmanuel Macron se fera un malin plaisir de rappeler que la dette publique (2.299,8 milliards d'euros) est plus basse aujourd'hui (en % du PIB) qu'en juin 2017 ... quand l'héritage pouvait être imputé à François Hollande !  

Mais qu'en est-il économiquement ? En 2008, la dette de l’Etat et de la Sécu représentaient 69% du PIB – d’une année d’activité économique. Donc, cela fait trente points de plus en dix ans, c’est énorme, c’est l’effet de la crise financière, mais que l’on n’a pas corrigé ensuite. 

Y-a-t-il, économiquement, un seuil de danger ? En fait on n’en sait rien. Deux économistes américains vedettes de Harvard, Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, avaient affirmé en 2010 qu’à partir de 90% il y avait un effet récessif. Vous allez rire, un jeune étudiant avait ensuite montré que leurs calculs étaient faux, ce qui veut dire qu’on n’en sait rien et qu’on n’est pas plus avancé ! 

Mais ce que l’on peut retenir est  : 

1 - qu’il y aura un risque si (et seulement si) le budget est un jour étranglé par le coût annuel des intérêts de cette dette (42 milliards d’euros actuellement). Ces taux sont bas aujourd’hui, comme ils ne l’ont jamais été, mais ils vont remonter – mais doucement en fait. Donc, pas de panique. 

Et 2 : si une nouvelle crise arrive (elle arrivera), on n’aura pas éternellement de réserves sous le pied.

En revanche, deux problèmes sont, eux, sûrs et certains.

Le premier est que la France n’a pas de difficulté à faire gonfler sa dette publique, mais elle semble incapable de la dégonfler. Les Allemands, eux, sont redescendus à 60%. 

L’autre problème, plus lourd, est que cette addiction à l’endettement a davantage financé les frais généraux de fonctionnement de l’Etat que des investissements sur l’avenir. On n’a pas financé la Réunification allemande ni la remise à niveau du système éducatif ni des gigantesques programmes de recherche. 

La dette n'est ni bonne ni mauvaise en soir. La question est de savoir ce que l'on en fait. Mais la dette française est le fruit de la vie presque ordinaire de l’Etat sans que cela donne des résultats extraordinaires. C’est bien le plus désespérant.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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